Expert-comptable agréé CEMAC et ONECCA et consultant à la Ligue gabonaise de football professionnel, il s’exprime sur les conséquences du conflit persistant entre la Fédération camerounaise de football et la Ligue de Football professionnel du Cameroun et prescrit une démarche pour une meilleure organisation du football d’élite au pays des Lions Indomptables.

Cette année encore, le flou persiste sur la date de démarrage des championnats professionnels. Qu’est ce qui peut expliquer cette situation selon vous ?

La particularité cette année est la guerre ouverte entre la FECAFOOT et la LFPC. Cependant, rien ne garantit qu’en l’absence du violent conflit observé ces derniers temps le championnat allait démarrer à bonne date. Car Nous sommes déjà habitué aux reports de date de démarrage de notre championnat de football Professionnel depuis la création de la Ligue.
A mon avis, au-delà de la date de démarrage, il y a surtout l’absence de visibilité sur le calendrier du déroulement des activités liées à notre football. Et là, c’est un réel problème qui ne pardonne pas au niveau professionnel. Etant donné que la préparation d’une saison se planifie en fonction du calendrier des matchs. Idem pour les actions marketing.
Cependant, pour répondre concrètement à votre question, je dirais que la cause de cette situation est lointaine. Il faut remonter à la création de la LFPC. A l’époque, la FECAFOOT aurait dû créer une commission en interne chargée de réfléchir sur la mise en place d’une ligue de gestion de notre football d’Elite. Cette approche nous aurait permis d’éviter tous ses affrontements qui ne nous honorent pas. La ligue n’est qu’un petit démembrement de la Fédération et l’article 2 des statuts de la LFPC indique clairement sa subordination à la FECAFOOT.

Qu’est-ce que le Cameroun perd en étant incapable de planifier les activités de ses championnats professionnels ?

Les pertes sont importantes. Nous pouvons en citer 3 :

 L’absence de compétitivité au niveau continental : nos représentants en coupe africaines ont été balayés dès le tour préliminaire. Ils arrivent sans avoir livré aucun match officiel. Ils ne savent même pas ce que valent les recrues de l’intersaison. Il faut remonter au début des années 80 pour voir les victoires du Cameroun en coupe africaine. Plus de 30 ans de disette….

 L’absence des joueurs locaux dans les sélections nationales : à ce jour, la totalité de nos titulaires jouent dans les équipes étrangères. Or notre championnat peut révéler des joueurs talentueux pouvant constituer un véritable plus ou pallier à certaines insuffisances observées au niveau des sélections nationales. Notre pays regorge des nombreux Samuel ETOO qui n’ont pas eu la chance de voyager ou de taper dans l’œil des recruteurs étrangers. 

 Les difficultés à signer des contrats de sponsoring : il est quasiment impossible de convaincre un partenaire de vous suivre quand vous ne pouvez pas lui dire avec certitude la date de démarrage et de fin du championnat. Lui produire le calendrier des matchs afin qu’il puisse organiser sa communication autour de l’évènement…Tant que nous serons incapable de maitriser la programmation des rencontres, il nous sera quasiment impossible d’attirer des sponsors.

La guerre qui persiste entre la FECAFOOT et la LFPC ne vient-elle pas davantage compromettre la situation ?

C’est évident que la situation actuelle ne va pas dans le bon sens. Mais comme je le dis depuis, avant le conflit ouvert notre championnat ne se portait pas mieux. Disons plutôt que le conflit vient aggraver une situation déjà inquiétante.

Comment sortir définitivement le football camerounais en général et ses championnats en particulier de l’amateurisme ?

Je pense qu’il faut revenir aux fondamentaux. C’est ce que la FECAFOOT fait actuellement.
Nous devons commencer par un Etat des Lieux des Clubs qui animent notre championnat d’Elite. Cet Etat des lieux va permettre de constituer une véritable base de données qui permettra de définir le modèle approprié qui correspond au mieux à notre organisation.
Exemple : au démarrage du football professionnel, les Clubs devaient « se transformer en SAOS ». Quelles sont les statistiques à ce jour ?
Or les Etats de lieux dont nous parlions plus haut auraient permis à la ligue de se rendre compte que nos clubs n’ont pas la même organisation dans la prise de décision. UNION de Douala appartient à une communauté bien établie. Pouvons-nous dire la même chose de NEWS STARS ?
De plus, la SAOS est une notion qui nous vient de la France à travers la loi de 1984. Elle n’est même plus en vigueur dans ce pays….Elle a été remplacé par la SASP par la loi de 1998 avant d’être totalement abandonné par la loi de 2012 qui laisse la latitude à chaque club de créer la société commerciale sur une forme classique : SA, SARL….
Enfin, nous sommes dans l’environnement OHADA, cette forme juridique n’est pas reconnue. Comment le notaire va-t-il effectuer les formalités ?
Pour répondre à votre question, je crains que ces lignes ne soient pas suffisantes. Il y a encore trop de choses à faire…

N’est-il peut-être pas temps aussi de revoir le casting des dirigeants du football camerounais ?

Il est surtout temps de repenser le modèle du football camerounais afin de mettre en place une véritable politique sportive. Le casting ne saurait venir avant le modèle…

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