Présentateur vedette de l’émission “Le 11 d’Europe” sur la chaîne française canal+, Malick Traoré en compagnie de la présentatrice de “Réussite” Diara Ndiaye sur le même média, ont débarqué au Cameroun à la faveur du “Canal+ tour” qui mettait en scène à canal Olympia à Douala les artistes Singuila, Locko et Valéry Ndongo.

 Leur séjour leur a permis de découvrir le Cameroun dont ils n’ont pas été avares en qualificatifs mélioratifs. Dans un échange avec la presse, Malick Traoré n’a pas hésité à évoquer les sujets sur la problématique des médias africains, en passant par la marginalisation et le racisme que subissent les footballeurs africains dans les championnats européens. C’était aussi l’occasion de s’exprimer sur ses projets à venir, tout en donnant son avis sur l’organisation de la CAN 2021 que le Cameroun s’apprête à organiser.

Ne pensez-vous vous pas que les footballeurs africains sont marginalisés dans les distinctions en Europe ?

Depuis un certain temps, c’était rare de voir autant de joueurs africains au top et autant être médiatisés. Au championnat anglais la saison dernière par exemple, on s’est retrouvé avec trois africains co-meilleurs buteurs avec 23 buts chacun, Obameyang, Mané et Salah, c’est du jamais vu. Se retrouver avec Nicolas Pepe acheté à plus de 70 millions d’euros sur une confirmation d’une grosse saison avec Lille, c’est quelque chose d’inédit. Je ne pense pas qu’ils soient lésés, il faut juste qu’on se pose de bonnes questions. Je reprends l’un des coups de gueule d’Habib Beye où il s’étonnait de ce que Firmino soit classé avant Mane au classement du ballon d’or. Mais qui vote pour le ballon d’or ? Ce sont les médias, ce sont des journalistes. C’est un débat qu’on a souvent en coulisses, je pense que c’est à nous de valoriser notre football. Pour moi il n’y a pas de super puissance de médias, plus on va matraquer sur nos sportifs, plus ça sera bien pour eux. Les sud-américains l’ont bien compris et l’on fait de telle sorte que lorsqu’on parle de footballeur brésilien, on prend vite, on se dit c’est du bon, c’est fiable, donc il faudrait aussi qu’on en fasse de même pour nos joueurs. Il faudrait donc que lorsqu’il faut voter pour le ballon d’or, que les journalistes africains votent pour les stars africaines. Est-ce que c’est toujours le cas ? il faut se poser la question.

Est-ce que c’est suffisant pour valoriser à juste titre les exploits des footballeurs africains en Europe ?

Sortons même de l’univers des médias, est ce que le public même lorsqu’on lui pose la question sur celui qu’il voit comme meilleur joueur au monde, est ce qu’il met Sadio Mane ou Salah en premier ? Est-ce que son choix n’est pas d’abord porté sur Messi et Ronaldo ?  C’est vrai que malheureusement les joueurs africains sont un peu mis en difficulté par Léo Messi et Cristiano Ronaldo, et pas seulement les joueurs africains. A mon avis tant que ces deux-là seront là, ce sera difficile de les passer devant, même si je pense que cette fin et début de saison, Mané le mérite plus que jamais au regard de la saison extraordinaire qu’il a faite, mais encore une fois c’est à nous de les porter davantage, c’est à vous les médias africains de les porter plus haut en multipliant les avis positifs sur eux, et tant qu’on ne les valorise pas nous-mêmes, ce sera difficile pour les autres de le faire à notre place.

Qu’est-ce qu’il faut apporter aux médias africains afin qu’ils s’expriment d’égal à égal avec les médias occidentaux ?

Peut-être des moyens plus importants, plus de formation sans remettre en cause ce qui se fait déjà. J’ai une anecdote marrante qui ne concerne que moi. Quand j’étais petit et que je disais à ma mère que je veux être Journaliste, elle n’était pas d’accord. Elle aurait voulu que je travaille dans une banque après des études d’économie, mais moi c’était quelque chose qui me tenait à cœur. Peut-être que dans sa génération et au moment où je voulais rêvais faire ce métier, ce n’était pas suffisamment valoriser à ses yeux, d’où son refus. Donc à nous aussi de le valoriser, de donner l’envie de le pratiquer en encourageant la formation de Journaliste, JRI, des reporters, des présentateurs radio et télé. Aujourd’hui par exemple, la notion de youtubeur est très importante, de là naissent de vrais plumes, de vrais professionnels, des acteurs intéressants, via internet aussi beaucoup font des podcasts pour créer des contenus etc… Tous ces chemins-là sont à encourager et c’est avec la formation et la sensibilisation qu’on peut développer ses métiers 2.0 et cela pourrait être accompagné de beaucoup plus de moyen financier.

Pensez-vous à un projet éditorial en Afrique et en Côte d’Ivoire en particulier ?

La notion de partage a toujours été très importante dans le choix de ce métier, donc c’est aussi qui guide ce que je vais faire après. Je n’ai pas encore décidé ce que je ferais après, mais la décision que je prendrais sera animée de la notion du partage, de compétence, d’expériences, de vécu, et ce sera toujours guidée par l’amour de ce métier. Amener les gens à aimer ce métier au-delà de l’argent, la notoriété, la célébrité. Donc je pense que les différents projets que j’aurais à entreprendre sur le long terme seront guidés par ça.

Avez-vous déjà reçu des menaces lorsque votre travail n’avait pas été bien fait ?

Je n’ai jamais eu l’épée de Damoclès sur la tête, on ne m’a jamais dit attention tu vas te faire virer si tu ne dis pas ci où ça, si tu te trompes ou ne dit pas le bon mot. Non je n’ai pas cette pression-là, c’est pour ça que l’ambiance au sein de ma rédaction est assez cool, les portes de Jean Pierre ne sont pas fermées, il nous consulte sur ce qu’il faut faire, ce qu’on peut apporter comme suggestions, et ça fait trois ans qu’on fonctionne ainsi.

Pensez-vous que le Cameroun pourra organiser la CAN 2021 ?

Un grand oui. Je pense que dans deux ans après ce qui s’est passé, l’Afrique entière et même le monde aura encore les yeux rivés sur le Cameroun, ce pays qui a un réel potentiel, et j’ai l’intime conviction que le Camerounais veut montrer qu’il a cette capacité. Le pays n’a qu’organiser une seule CAN en 1972, donc l’envie des organisateurs de cette compétition c’est de montrer aux yeux du monde que le Cameroun a cette capacité et que ce qui s’est passé n’était qu’un léger incident, et qu’on est prêt à organiser cette compétition, peut-être l’une des plus belles sur le continent. J’ai foi en cela, et je pense aussi que ce sera plus compliqué pour les adversaires des Lions qui seront dans le « ndem » et dans la sauce (rires…), Le Cameroun sera un des grands favoris avec un entraîneur connu, méconnu, décrié ou pas, le Cameroun sera grand favori pour sa compétition dans deux ans, et comme je le dis j’ai vraiment foi en la belle organisation de cette compétition.

Votre ligne éditoriale influence-t-elle votre manière de traiter l’information en toute objectivité ?

Nous on a notre manière à nous de traiter l’information, notre manière de fonctionner, il n’y a pas vraiment des choses à dire où à ne pas dire, attention de ne pas marcher sur des œufs, non vraiment pas. On est assez libres, c’est que du sport, c’est du foot, c’est du divertissement avant tout, si on prend du plaisir, ça déchaîne les passions, et après tout, on n’a pas le couteau sur la gorge dans la conception et la construction de nos émissions.

Quel est le sentiment qui vous anime quand vous devez évoquer le sujet sur le racisme que vivent les Sportifs africains, et avez-vous personnellement été victime ?

C’est un sujet qui est grave, pour un africain qui a grandi sur le continent, qui va à l’étranger continuer ses études et qui à un moment donné est amené à parler de ça.  Ça me touche mais après je sais que vous allez m’en vouloir si au cours d’une émission je laisse transparaître mes émotions. Il faut garder son calme, c’est des sujets assez sensibles, assez graves, on essaie simplement de garder notre calme et puis de toute façon on en parlera toujours, les gens qui sont auteurs de ce genre de chose sont des ignorants, leurs actes sont animés par de la bêtise. Ça me touche, je ne le montre pas, c’est important pour moi mais en même temps je ne leur donne pas plus d’importance que ça, qu’on soit blanc, noir, jaune ou d’une autre race, on est tous meilleurs, on montre qu’on mérite d’être là où on est. À titre personnel je n’ai pas été victime quel que soit le domaine, et puis de toute façon je ne fais pas attention, si je me rend compte qu’on a des a priori sur moi par rapport à ma façon de travailler ou pour ce que je fais, c’est à moi de travailler deux fois plus pour leur montrer qu’ils ont tort ou que je suis jugé à tort. Donc je ne prête pas vraiment d’importance à cela, je fais ce que j’ai à faire, et malheureusement quand l’actualité fait qu’on est rattrapé par ce genre de bêtises, on la traite du mieux qu’on peut, on en parle et surtout on fait comprendre aux gens que quel que soit notre origine, notre couleur de peau, du moment où vous êtes bon, vous avez toutes les clés pour réussir.

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