Dans un entretien accordé à Canal+sport dans le cadre de l’émission « Droit dans les yeux », après un documentaire retraçant le parcours du joueur de Villarreal, le milieu camerounais a abordé tous les sujets le concernant. De ses début au Cameroun à Villarreal, en passant par le Stade de Reims, l’Olympique de Marseille à Fulham, le natif de Yaoundé n’a rien éludé. Sa mésaventure à la CAN Egypte 2019 et ses rapports avec le nouveau sélectionneur des Lions Indomptables Hugo Broos ont également été évoqués. Entretien…

La notoriété au Cameroun, vous dites que ça a changé votre manière d’être, vous êtes reconnus désormais partout maintenant ?

Bien sûr ! Avant, quand j’étais au Cameroun, j’avais l’habitude de me balader partout dans mon quartier où j’ai passé toute mon enfance, sans bain de foule, je me baladais, j’entrais dans toutes les petites ruelles… Maintenant, quand on essaie de retourner après quelques deux, trois ans, ça a changé. A l’époque, au quartier, on m’appelait « ZAF », maintenant, je ne suis plus ZAF, je suis Zambo Anguissa. Je suis quelqu’un qui aime être proche des gens et j’aime bien être libre. Et sans vous mentir, il y avait tellement de monde, partout où je passais, il y a tout le monde qui me suivait et tu comprends que tu n’es plus la même personne, tout a changé. Ce n’est même pas toi qui change, c’est tout ce qu’il y a autour de toi qui change. C’est beau, en même temps, ce n’est pas facile à vivre. Partout où tu passes, c’est tout le monde qui veut discuter avec toi. Ce n’est pas facile mais ce n’est pas aussi difficile, tu ne parles pas tout le temps quand même.

A quel moment ça a basculé au niveau de la notoriété, au moment de votre arrivée à l’Olympique de Marseille peut-être ?

Je vais dire oui. Quand je suis arrivé à l’Olympique de Marseille, je vais dire, le fait de me voir jouer mon premier match dans ce club a ému beaucoup de personnes qui ont dit : ah, c’est un enfant de mon quartier… ça fait que les jeunes qui supportaient déjà l’OM le supportent encore plus parce qu’un des leurs est là-bas. Quand je suis rentré au Cameroun, je m’en suis rendu compte, en voyant comment je faisais la fierté et c’est des trucs qui m’accompagnent jusqu’aujourd’hui.

Pour revenir à ce documentaire, lorsqu’on écoute les interventions des uns et des autres, de Jean Philippe Durand à Rudi Garcia en passant par vos présidents de clubs au Cameroun, ce qu’on retient, c’est votre détermination sans faille. C’est ça qui vous a guidé au début, cette envie de réussir, d’aller le plus loin possible ?

Oui ! Je viens d’une famille très modeste, je vais dire ça comme ça. J’avais à cœur de démontrer que le football, en dehors d’être un jeu peut être un métier et que je pouvais nourrir ma famille grâce à ce sport. J’étais prêt à tout pour réaliser mes rêves. Je me suis dit, je vais me fixer de gros objectifs, je veux être ambitieux et je vais être déterminé… J’étais déterminé, j’étais discipliné, j’avais envie de progresser, j’avais envie de montrer que j’ai les capacités de faire du football mon métier. Aujourd’hui, je suis content parce que grâce à Dieu, c’est le cas. Et après, c’est le fait d’avoir des ambitions trop élevées qui a fait en sorte que je sois là où je suis aujourd’hui. Parce que ça m’a permis d’être dur envers moi-même, de me discipliner, de comprendre que pour arriver à un certain niveau, il faut faire des sacrifices et après, j’avais de bonnes personnes autour de moi, en passant par mon agent et ma famille qui, même si au départ, c’est difficile, m’a compris après et m’a soutenu. Ma détermination, elle vient de là, elle vient de tout ça.

A quel moment avez-vous commencé à sentir que vos rêves étaient en train de devenir  réalité ? Est-ce que c’était au Tournoi du G8 à Yaoundé par exemple ?

Tout à fait ! J’allais le dire, le G8, c’est un tournoi qui se déroule en une semaine, en une catégorie, je ne sais pas si je vais dire ça comme ça, moi j’arrive mercredi et je fais un match contre une équipe un peu moins forte, où je suis plutôt pas mal. C’est là où Jean Philippe Durand et d’autres recruteurs ont dit qu’ils veulent me voir contre Coton sport – Coton sport, c’est l’équipe forte du tournoi en quelque sorte. C’est là où je fais un bon match contre eux et à la fin du match, ils me disent : j’ai été meilleur joueur du tournoi… C’est à partir de ce moment que je me suis dit : waouh, je ne sais pas combien de centaines de gamins il y avait mais je suis sorti meilleur en deux jours, c’est un truc qui était fort pour moi. Même mes parents, quand on leur a dit ça, c’était une fierté, ils ont dit : « Franck, on te néglige à la maison, voilà … » Le fait aussi pour eux de voir mon agent, qui à l’époque n’était pas encore mon agent, venir dire : « je vais le signer », ils commençaient à réaliser le truc autour de ça et ont dit : « ah, ce n’est pas mal, c’est l’agent de Nkoulou, d’Aboubakar Vincent, des gros joueurs quand même en sélection du Cameroun ». Et moi aussi, je commence à me dire : Et si c’était possible ? C’est parti de là, je suis allé en prêt à Coton sport quelques mois et puis, l’histoire a suivi.

Quel souvenir gardez-vous de votre arrivée en France, de cette première année avec le Stade de Reims où vous n’avez jamais joué en équipe première. C’était une année d’apprentissage qui n’était pas forcément très facile à vivre !

Je vais dire que tout ce qui arrive, arrive parce que ça devait arriver. Je ne sais pas si vous m’avez compris. Je remercie tout d’abord le président Caillot (Jean-Pierre Caillot), c’est malgré tout un homme avec qui j’ai eu l’occasion de discuter en face et j’étais plutôt jeune, j’étais un footballeur professionnel qui arrivait, il aurait pu dire qu’il ne recevait personne, j’ai eu l’occasion de discuter avec lui, c’est quelqu’un de très intéressant, de très gentil. Donc, je voulais le remercier parce que c’est grâce à lui que j’ai eu mon premier contrat professionnel en Europe.                 Même si au Stade de Reims, ça ne se passe pas comme je veux, après, je me dis, ce qui arrive, ça m’a permis de progresser, de grandir sur le plan mental.

C’est ce que Jean-Philippe Durand disait : tout ce que vous vivez à Reims vous apprend la vie et le métier quoi !

Tout à fait ! C’était difficile à un moment mais grâce à ça, j’ai compris ce que c’est que le football. J’ai compris que je devais encore élever plus mon niveau de jeu, de concentration, mon niveau de discipline, mon niveau mental surtout parce que c’est un truc pour moi qui est primordial… Quand tu surmontes ça, tu peux tout surmonter… Tu sais que tu dois t’attendre à tout et tout peut t’arriver. Moi, quand je venais du Cameroun, j’avais l’impression que c’était facile. Qu’au Cameroun, il n’y a pas de gazon, il n’y a pas ci mais tu arrives sur le terrain… il y a toutes sortes de difficultés, il y a plein de choses qui passent dans ta tête, ça fait qu’à travers ça, j’ai appris beaucoup de choses. C’est dommage que je n’aie pas joué, j’ai fait deux à trois bancs avec Jean-Luc Vasseur, c’est le football, ça devait arriver, puis c’est arrivé.

C’est arrivé pas longtemps après, le haut niveau tout de suite, c’était la saison suivante avec l’Olympique de Marseille, c’est là où vous avez découvert le très haut niveau, du coup, ce club tient une place très particulière dans votre cœur. Que représente l’OM pour vous ?

L’Olympique de Marseille, c’est quelque chose, je ne vais pas vous mentir. Le seul fait de dire Olympique de Marseille réveille plein de souvenirs. Quand j’arrivais à l’Olympique de Marseille, je ne m’attendais pas à tout ça, c’était un truc de fou… Dans les vestiaires, que des gros noms, que des grands joueurs. De voir ces grands joueurs, de pouvoir les côtoyer, s’entrainer avec eux, ça m’a motivé et puis, je savais qu’à L’Olympique de Marseille, quand on arrive là-bas, quand tu n’es personne, ce n’est pas facile… ça m’a permis de grandir, de progresser et de me dire : « je suis dans un grand club et en tant que nouveau, je vais tout donner… » Chez les supporters, quand vous leur donnez, ils vous le rendent. Quand j’étais là-bas, j’avais juste envie de tout donner… J’ai connu le coach Bielsa qui, à cette époque-là m’avait pris pour quelques semaines et disait : « le petit a le potentiel, il peut surprendre tout le monde ». Je me suis entrainé, il a vu en moi quelque chose et il me l’a dit. Il m’a dit : « tu as beaucoup de qualités, je vais te prendre dans mon groupe, peut-être tu ne vas pas jouer de suite mais il faut que tu saches qu’on croit en toi, on croit en ce que tu peux apporter ». Malheureusement, il est parti, deux à trois semaines après et puis, après, Michel, lui aussi est venu, il m’a dit : « toi, sur le papier, je ne t’avais pas mais je suis agréablement surpris. Si tu joues comme tu t’entraines, si au moment où tu as ta chance, tu joues comme tu t’entraines, tu joueras beaucoup de matches… ». J’étais content. Après, il m’a lancé en Europa League, je crois, ça s’était plutôt bien passé, il était très content. Après, j’ai moins joué, il s’est fait virer. Et puis, il y a Rudi Garcia qui est arrivé et c’est de là que tout est parti. C’est un coach qui m’a donné confiance, il m’a dit : « Frank, tu peux, vas-y, prend du plaisir à donner tout. Peu importe, tu feras des erreurs, ce n’est pas grave, pourquoi à la première erreur, tu baisses la tête ? » Il m’a beaucoup parlé… parce que lui, il parle beaucoup. Franchement, c’était super bien, c’était un truc de fou. En plus, la saison d’après, je crois c’est tête de championnat, on fait une série de, je ne sais pas combien de  matches sans défaite, après, on arrive en finale de l’Europa League…

C’est ça d’ailleurs votre plus beau souvenir, la campagne de l’Europa League qui arrive jusqu’en finale ?

Forcément ! Parce que vous savez qu’une finale de l’Europa League, ça ne se joue pas tous les jours. Ce n’est pas tout le monde qui a la chance de vivre ce genre de moment. Même si on ne gagne pas, c’est un truc qui a laissé plein de souvenirs. Tu partages avec tes coéquipiers un moment fou, c’était impressionnant.

Et du coup, quand Fulham vous a demandé de venir en Angleterre, il a proposé près de trente millions d’euros pour vous faire venir en Premier League, qu’est-ce que ça vous a inspiré ? Est-ce que c’était un moment de fierté ou de crainte d’avoir à changer de championnat, de tristesse de devoir quitter Marseille ? C’était quoi votre sentiment en traversant la manche ?

Honnêtement, la première chose qui me venait en esprit, c’était : nouveau challenge. La Premier League, c’est un championnat qu’à l’époque, j’aimais beaucoup. Je voulais y jouer et puis, le challenge et l’ambition qu’avait Fulham, étaient intéressants, ils avaient un gros projet et ils avaient fait de gros recrutements, je me suis dit : pourquoi pas ? Après, quand vous vous dite que vous avez passé beaucoup de temps à l’OM et vécu beaucoup de choses, c’est une ville que j’aime beaucoup et je me suis dit que j’ai laissé tout ça pour aller découvrir autre chose, c’est effrayant, tu ne connais rien là-bas  tu te dis que tu vas tout recommencer à zéro, ça appréhende.

Marseille et Londres, ça n’a rien à voir n’est-ce pas !

Pas du tout ! Après, je me suis dit : « Frank, c’est la vie, tu y vas, tu donnes le meilleur de toi et on verra ce que ça donne ». Même si l’OM, c’est une équipe… J’avais envie de découvrir ce championnat-là pour montrer de quoi je suis capable.

Qu’est-ce que vous gardez de cette saison passée en Premier League ? C’est la qualité de ce championnat, la qualité des adversaires. Jouer contre Liverpool et Manchester City, ça fait des grands matches, des grandes ambiances…

Oui, des grandes ambiances. Mais après, je ne vais pas vous mentir, ce n’était pas aussi ça, pour moi ! Mais pour d’autres, ce n’est pas pareil, je vais être honnête. Je ne l’ai pas vécu comme je m’attendais à vivre.

Qu’est-ce qui vous a déçu ?

Je suis à mon premier match, je crois on perd et le match d’après, on me met sur le banc. Cela se vit dans plusieurs clubs, ça arrive, je suis quasi normal. Puis, un match au banc, deux matches au banc, je ne veux pas revenir dessus, après, à un moment, il me remet, on joue et puis je me blesse et c’était difficile. J’ai fait au moins deux mois sans jouer. A ce moment-là, c’est dur parce que je ne joue pas. Tu vois un jeune qui envie de prouver, qui a envie de dire : « j’ai les qualités pour jouer dans ce championnat, vous avez bien fait de miser sur moi », ça ne peut pas donner, c’est frustrant, à la maison, je n’étais pas bien, heureusement que j’avais ma femme, j’avais mon fils qui essayaient de me réconforter, qui me donnaient l’envie d’aller me battre mais ce n’était vraiment pas évident à ce moment-là, je me disais que j’avais raté mon pari et puis, dans ma tête, ça sonnait ça. Après, heureusement, je me remets mais il reste dix matches au maximum. Il y a le coach Parker qui arrive et là, tout a changé. C’est un mec qui m’a donné ce que je ne sais pas, il a donné tellement confiance en moi. A mon arrivée, il était déjà là, il était adjoint… Avant de jouer le match contre Liverpool, il m’appelle dans son bureau vers 10 heures. Il me dit : « Frank, pour moi, tu es un top joueur et je veux que tu montres aujourd’hui à la Premier League le joueur que tu es ». Je vous le dis, à chaque fois que je prononce cette phrase, j’ai les frissons. Il n’a pas beaucoup parlé, il a dit deux, trois mots. On était engagés contre Liverpool, on a perdu 2-1 à domicile et j’avais fait un gros match. Il est venu à la fin du match, il m’a embrassé, il m’a serré fort et il m’a dit : « Tu as montré à la Premier League, le joueur que tu es ». Et je crois, un coach ne m’avait jamais fait ressentir ce que j’ai ressenti à ce moment-là. Et ça s’est enchainé, j’ai commencé à faire de bons matches. Et en Premier League, on  a commencé à dire : et si ce joueur avait le potentiel pour rester… Et là, malheureusement,  l’aventure s’arrête.

Fulham descend en Championship mais vous êtes prêté à Villarreal, il n’y a pas de transfert dans un autre club anglais, vous choisissez l’Espagne. C’est vous qui choisissez ou c’est Fulham qui vous trouve le prêt ?

Non, c’est nous qui choisissons. Villarreal vient et puis, on voit les options qui s’offrent à nous et pour nous, c’était le non choix.

Pourquoi l’Espagne est le bon choix alors que vous auriez pu continuer en Angleterre ?

Déjà parce que la Liga, c’est un championnat que j’aime. Plus petit, c’est le championnat où je voulais jouer. Tout petit, j’aimais tout ce qui était technique, j’aimais la Liga, je regardais le Real Madrid, Barcelone. Pour moi, c’était l’occasion de jouer contre ces gros clubs-là. Après, c’était beaucoup plus style de jeu, montrer comment c’était un défi, un gros challenge, montrer que j’ai les qualités pour jouer à Villarreal parce que les gens m’attribuaient un profil défensif, fort physiquement. Des gens me disaient : tu vas où là ? J’avais juste envie de leur dire : fermez-là et attendez, vous allez voir. C’est tout ce que j’avais envie de voir.

C’est vrai qu’après, on a eu le sentiment de découvrir quelque chose que vous saviez déjà, à savoir que vous aviez aussi un gros bagage technique et pas uniquement cette puissance physique qui faisait votre marque de fabrique jusque-là !

Oui, j’étais content de montrer qu’en dehors de défendre, je peux faire autre chose et faire comprendre aux gens que ça dépend du système, du coach, du style de jeu. Les fonctions qu’un coach va te donner sur le terrain, ce n’est pas les mêmes qu’un autre va te donner.

Vous faites partie des meilleurs dribbleurs de la Liga, vous avez été choisi parmi les révélations du championnat sur cette saison. D’ailleurs, est-ce que vous avez le sentiment que cette saison-là que vous venez de faire avec Villarreal, c’est la meilleure de votre carrière jusqu’ici ?

Je vais dire oui ! Pour le moment, je vais dire oui, c’est la bonne ! C’est la saison où je prends le plus de plaisir. C’est la saison où je pense que je montre, je ne vais pas dire toute l’étendue de mon potentiel mais que j’ai des qualités et puis, qu’il faudra faire avec moi, c’est tout.

On se souvient par exemple de ce fameux coup du sombrero contre Dani Carvajal lors d’un match contre le Real Madrid, j’imagine que c’est un geste dont on vous a souvent parlé non !

Beaucoup ! Vous savez, je ne suis pas du genre à humilier des gens sur le terrain… Le mec, il est trop près de moi, c’est le seul truc que je peux faire  et puis, je le tente, après ça passe, il me suit et après, je place un petit crochet et il glisse après. C’est des trucs que j’ai faits à l’instinct, je ne suis pas venu en me disant : « je vais l’humilier », pas du tout. C’est vrai que mes amis m’ont fatigué avec cette vidéo… Je me dis, c’est de bonne guerre.

On a lu dans la presse espagnole que vous seriez éventuellement courtisé par le Real Madrid. Est-ce que vous confirmez au moins l’intérêt du club madrilène pour vous ?

Non non non… Je ne peux rien confirmer du tout, rien du tout. Honnêtement, je ne suis pas quelqu’un qui lit, qui écoute. Il y a des gens qui gèrent tout ce qui est stratégie, tout ce qui est autour. Moi, je me concentre sur le terrain. C’est-à-dire pendant la saison, je ne veux rien savoir. Qu’il y ait le Real, le Barça, Marseille, je ne sais pas quoi, ne me parle pas de ça. Ça permet pour moi de rester concentré. Je dis garde ça pour toi et à la fin, on fera les comptes, on regarde ce qu’il y a, s’il y a des trucs intéressants… Mais je ne peux pas vous dire que j’ai des contacts de qui que ce soit, je vous mentirais.

Vous avez repris les entrainements, dans une période compliquée, ça se passe comment d’ailleurs, ces entrainements au sortir du confinement ? Déjà, ce n’est pas très dur physiquement ? Comment ça se passe, comment vous faites ?

Physiquement, c’est dur, de rester plus de deux mois sans sortir. Même si à la maison on travaille, ce n’est pas pareil que courir sur le terrain. Après, c’est vrai que depuis que ça a repris, ils font super bien les choses. Tout est tellement bien fait pour qu’il n’y ait pas contact et rien, j’espère qu’on pourra reprendre bientôt…

C’est par petits groupes les entrainements ou c’est tout l’effectif ?

On a fait genre deux semaines, c’est individuel, c’est-à-dire que tu viens à ton heure t’entrainer et après, tu rentres sans contact. Après, cette semaine, par exemple aujourd’hui, on a commencé les entrainements par petits groupes de 10. On essaie de ne vraiment pas se toucher. Je crois le seul moment où on a évolué en petits contacts, c’est sur des petites toros vite fait. Vraiment, on essaie de rester éloignés les uns des autres. Ils nous testent régulièrement, chaque semaine, chaque trois jours. Je crois que depuis qu’on a repris les entrainements, j’ai déjà fait trois fois les tests.

Et vous croyez que la Liga devra un jour reprendre comme la Bindesliga en Allemagne ?

Honnêtement, je ne sais pas. Mais je crois que oui, ils essaient de nous rassurer là-dessus. Je crois que si on reprend les entrainements, c’est forcément que ça va reprendre. Après, il ne faut pas se mentir, la situation qu’on vit, elle est effrayante. Il ne faut pas se  mentir, le plus important aujourd’hui, c’est la santé, on s’en rend compte. Je pense que les autorités souhaitent faire tout ce qui est de en leur pouvoir pour que si ça reprend, que ça reprenne dans la sécurité totale. On ne prend aucun risque. Nous, en tant que compétiteurs, on ne prend aucun risque…

On parle des Lions Indomptables à présent. Il y a presqu’un an, le Cameroun a été éliminé par le huitième de finales de la CAN, quel est le bilan que vous faites aujourd’hui de ce parcours des vôtres en Egypte ?

C’est vrai que sur cette compétition, on ressort de là déçus. Je pense qu’on avait une équipe pour faire quelque chose. Après, les gens vont nous parler du Sénégal parce qu’ils ont des gros noms mais je vais vous dire qu’on avait le potentiel pour aller loin dans cette compétition. Après, tout ce qui arrive…. Il faut vite tourner la page et se dire, on est arrivés, on a donné le meilleur de nous, on n’a pas gagné, on y sera la prochaine fois. C’est vrai que quand tu arrives dans une compétition pour la gagner et après, tu ressors en huitièmes de finale, pour nous, ce n’est pas l’objectif à atteindre. On reste très déçus, moi particulièrement, je m’étais fixé des objectifs et je n’ai pas réussi à les atteindre. Mais bon…je me dis que j’aurai d’autres CAN à jouer  et réaliser ce que je veux réaliser, c’est tout.

Pour parler de votre cas personnel, vous avez été titulaire lors des trois premiers matches de cette compétition. Elu Homme du match contre la Guinée Bissau, contre le Ghana mais curieusement, vous n’êtes pas titulaire en huitième de finale contre le Nigéria. Est-ce que ça reste une énorme frustration pour vous ?

Je vais vous dire oui parce qu’il ne faut pas se mentir, quand tu es footballeur, tu as envie de jouer tous les matches, peu importe que ce soit en sélection ou en club…

Est-ce que Seedorf vous a expliqué ces choix ? Est-ce qu’il vous a dit si vous êtes en méforme, est-ce que c’est un choix tactique, qu’est-ce qu’il vous a dit ?

Il a essayé de m’expliquer mais tout ce qu’il me disait, je ne vais pas dire que ça n’avait pas de sens mais je ne comprenais pas. Et après, je lui ai dit : coach, vous êtes coach, vous faites des choix et je les respecte. Ici en sélection, il s’agit d’un collectif et non d’un individuel, vous n’avez pas besoin de m’appeler pour me dire pourquoi je joue, pourquoi je ne joue pas, votre décision, je la respecte. Par respect pour mes coéquipiers, je ne pouvais pas m’énerver mais, je ne peux pas vous mentir, j’étais énervé, je voulais jouer, c’était quand même un gros match de la CAN…

Et vous étiez le meilleur camerounais du premier tour

Si vous le dites mais…

Au moins sur les trophées

Merci ! Mais après, je préfère ne pas penser comme ça, mais peut-être penser que c’est le foot, c’est une équipe… On vivait tellement bien en sélection, on avait une équipe qui était soudée que je ne pouvais pas être en train de m’énerver. Mes amis, mes proches à l’équipe, on s’est dit : on va jouer, et on va gagner. D’ailleurs, on a mené 2-1 et on s’est fait battre à la fin. Dommage mais c’est le football. J’aurais aimé que même si je ne suis pas sur le terrain, que mes coéquipiers donnent le meilleur d’eux et qu’on gagne. Je n’avais rien contre eux mais c’est l’équipe. Mais je ne comprenais pas pourquoi je ne jouais pas, il ne faut pas faire l’hypocrite… j’étais énervé quand même, je n’étais pas content mais à un moment, tu dois comprendre que s’il n’y a pas de collectif, pas d’individuel, c’est ce que je voulais dire à ce moment-là et c’est ce que je dis aujourd’hui. J’ai compris vite, je me suis dit : reste au banc et si dois rentrer, donne le meilleur de toi…

Vous lui en voulez toujours à Clarence Seedorf un an après ?

Non non non,  je suis passé dessus.

Aujourd’hui, Seedorf n’est plus là, il a été remplacé par le portugais Toni Conceiçao qui n’était pas très connu en Afrique, en Europe non plus. Est-ce que vous avez de bons rapports avec lui, comment vous avez jugé ces premières expériences avec Toni Conceiçao ?

Quand vous parlez de lui, je ne vois que du bien. J’ai envie de ne dire que du bien de lui parce que quand il est arrivé, dès le départ, il a mis un point d’honneur sur ce que nous les footballeurs, on aime. C’est-à-dire la confiance, le rapprochement entre les joueurs et le coach, le dialogue. Il a discuté avec nous, il nous demandait comment on voulait que les choses se passent. Il voulait nous mettre à notre aise. Pour nous, c’est très important. Il y avait zéro frustration, il était clair avec tout le monde. Vous pouvez demander à n’importe qui, jusqu’aujourd’hui en sélection, nous sommes satisfaits, je vais dire ça comme ça. Après, le Cameroun est un pays où on veut l’excellence, on veut le nom mais il ne faut pas se mentir, la plupart des temps où le Cameroun est allé en compétition avec les coaches qu’on ne connaissait pas, ça s’est bien passé, comme en 2017 avec Hugo Broos, ils ont gagné la CAN. On ne peut pas juger un coach sur : on le connait, on le connait pas ! C’est qui lui ? Non. Il aurait pu gagner n’importe quoi avec telle autre équipe mais avec le Cameroun, ça ne passe pas. Le mec, laissez-le, laissez-lui assez du temps et puis, jugez à la fin. Mais commencer par lui dire : d’où tu viens, c’est des trucs que je ne cautionne pas. C’est un type qui est très proche de ses joueurs et qui travaille super bien. On sait qu’avec lui, il nous donne, on le lui rend… Nous on a tout le temps pour essayer  donner le meilleur de nous pour qu’aujourd’hui, si on le connait pas, que demain on le connaisse parce qu’on aura gagné quelque chose avec lui, c’est tout.

La prochaine compétition, si tout va bien, c’est la CAN 2021 qui doit se dérouler au pays, au Cameroun en janvier-février mais avec la crise sanitaire, il va être difficile de poursuivre les éliminatoires de cette compétition. Est-ce que vous craignez aujourd’hui un report de cette CAN 2021 ?

En tant que compétiteur, je ne vais pas dire que ce serait un truc de fou mais ce serait incroyable de pouvoir jouer devant sa famille, ses amis, dans son pays, ça c’est quelque chose d’inimaginable, de magnifique. Après, il ne faut pas se mentir, comme je l’ai dit, le plus important aujourd’hui, c’est la santé, le monde entier est touché, ça fait peur. Les autorités, les décideurs feront ce qu’ils jugeront meilleur ou mieux pour tout le monde.

Vous l’avez dit à demi-mot, disputer une CAN à la maison, ça doit être pour tout footballeur africain un moment extraordinaire à vivre

Oui, c’est extraordinaire, je ne vais pas vous mentir, j’ai envie de courir et voir ma famille de l’autre côté. Chaque fois que nous jouons un match à Yaoundé, je sais où mon père est assis. Je sais qu’à la mi-temps, il va m’appeler, c’est notre rituel (rire…). Mes potes, ils seront là, c’est une fierté… on verra bien, on espère qu’on va jouer. Pour le moment, on n’en est pas là…

Lucien Mettomo : «Mon vrai club de coeur reste l’ASSE»

Serge Noah (DTN) : “Tant qu’on n’a pas de diplôme d’entraîneur, on ne peut pas entraîner”

Share This