Invité de l’émission « Talents d’Afrique » lundi sur Canal+, l’ancien portier des Lions Indomptables est revenu sur les circonstances dans lesquelles l’ancien président de l’OM a dû réorienter sa carrière, passant de journaliste à agent de joueurs vers la fin des années 80.

Le décès de Pape Diouf a été un terrible choc pour Joseph Antoine Bell, ancien gardien de but des Lions Indomptables qui jouissait d’une amitié solide avec le franco-sénégalais, bâtie lors de son passage à l’Olympique de Marseille. Pour la petite histoire, c’est l’ancien portier des phocéens qui aida Pape à embrasser la carrière d’agent de joueurs vers la fin des années 80 alors qu’il venait de connaître une mésaventure avec le journal « Le Sport » qui, lancé  pour concurrencer l’Equipe faisait long feu. Avec son ami Bell comme premier joueur, Pape Diouf aura connu un succès phénoménal dans ce domaine. Dans son écurie, il a compté des joueurs aussi fantastiques que : Basile Boli, François Omam Biyik, Marcel Dessailly, Rigobert Song et Didier Drogba…

Bell revient sur l’histoire

« J’allais dire que de ce côté-là, c’est quasiment uniquement grâce à moi parce qu’à cette époque-là, personne n’aurait pensé à un agent de joueur noir et africain. Lui-même Pape Diouf n’y pensait jamais. Vraiment, il n’aurait jamais pensé faire ce métier-là et c’est arrivé, arrangé par le ciel. Tout est allé tout doucement, on s’y est préparé sans savoir qu’on s’y préparait. Quand je débarquais à Marseille, lui il était journaliste, je l’avais rencontré quelques mois auparavant lors de la CAN de 84 à Abidjan. Quand j’arrive à Marseille, je retrouve ce qu’on ne voit ailleurs c’est-à-dire quatre ou cinq journaux de la ville qui ont des journalistes dédiés au club et qui sont donc à l’Olympique de Marseille tous les jours que Dieu fait, à tous les entrainements parce que chaque jour, vous avez dans chacun des journaux, au moins un papier sur le club. Donc, quand j’arrive, les journalistes sont là, naturellement et j’en reconnais un, c’est Pape Diouf et petit à petit, on se fréquente et puis, on a une amitié qui est totalement désintéressée parce que l’amitié entre un journaliste et un footballeur, elle n’avait pas de sens, surtout quand on sait que le fait qu’on se fréquentait, amenait Pape à ne plus jamais écrire sur moi parce qu’il disait qu’il ne sait pas quelle est la limite de ce que je lui disais qui est à l’ami ou ce qui serait pour le journaliste. Donc, tout le monde pouvait écrire mais il n’écrivait plus.

C’est arrivé tranquillement tout seul. Tous les jours, nous étions ensemble, puis est arrivé un journal qui s’appelait « Le Sport » qui venait pour concurrencer l’Equipe. Ils ont débauché Pape Diouf de la Marseillaise et lui ont confié le desk du Sud-Ouest à Marseille. Il avait son bureau sur la cannebière et évidemment Pape a accepté cela, c’était une promotion, c’était quelque chose de bien. Et puis, ça faisait que j’allais chez lui tous les après-midis après ma sieste et on était ensemble dans son bureau. Presque régulièrement dans ces après-midi, il y avait au moins un joueur qui appelait pour ses problèmes, ou il y avait un dirigeant de club qui l’appelait parce qu’il avait un problème de gestion de son footballeur africain. Et Pape assistait à ces conversations. Et un jour, il me dit : finalement, le sport, ce n’est pas l’aventure qu’il croyait, que ce truc, il va finir par fermer, qu’on ne va pas réussir. Il m’avait vanté le Sport qui allait écraser l’Equipe et maintenant, Le Sport ne marchait plus. Le Sport allait fermer et c’est comme ça que je lui dis : il faut que tu fasses agent de joueur. Il est devenu mon premier agent parce qu’on n’a même pas fait de contrat. Il n’était pas convaincu, il m’a demandé comment on va faire ça ? Je lui ai dit : premièrement, il te faut des joueurs. Aujourd’hui, ça ne se voit pas mais à l’époque, quel est le footballeur africain qui aurait fait confiance à un africain qui vit dans une hachélème pour gérer ses affaires, ce n’est pas possible. Je lui ai dit : je vais appeler les joueurs. Evidemment, un capitaine de l’OM qui est sur Canal et TF1 qui appelle les autres, ils vont peut-être venir. Sauf qu’on est servi par le ciel. C’est cette année-là que je dois aller à Bordeaux. Je ne le sais pas mais je vais au jubilé d’Alain Giresse et Didier Coécou m’aborde et me dit : il faut absolument que tu viennes chez nous, on discute et je leur promets que je viendrai bien au Girondin mais Claude Bez qui avait toujours fonctionné à la parole, il se dit : il ne faut pas que je rate cette affaire. Quand je rentre à Marseille, parce que même quand je jouais à Toulon, j’habitais toujours Marseille, il m’appelle pour me dire : est-ce que tu peux venir pour qu’on formalise ? Et là, je dis à Pape : Voilà, il faut que tu viennes avec moi à Bordeaux parce qu’il faut que tu sois sur la photo de la signature et là, les autres joueurs, je ne peux plus leur dire : voici un agent alors que moi-même, on ne sait pas, il y a une photo qui va sortir, il faut que tu y sois. On va à Bordeaux, ça se passe comme j’ai prévu, il est assis et il voit comment se déroule une discussion de contrat parce que j’avais fait la discussion moi-même mais à la fin, évidemment, on a la photo et on a les interviews : RMC, Europe 1 et Pape est là, ça part comme ça et après évidemment, il va toucher la commission, et voilà comment on démarre. Et ensuite, je l’ai eu à convaincre d’autres joueurs. Les premiers, c’était les Basile Boli, Marcel Dessailly et François Omam Biyik, voilà les tous premiers qui vont venir dans l’écurie de Pape Diouf. »

Décès de Pape Diouf: Modeste Mbami déplore une “énorme perte pour le football mondial”

Patrick Mboma sur le décès de son oncle : « Je ne sais pas pourquoi les autorités voulaient le cacher »

Share This