Spécialiste du football africain, l’ancien rédacteur en chef de Radio France international fait partie du concert des journalistes qui ont d’emblée révélé et dénoncé la mauvaise gestion de la CAF sous l’ère Ahmad Ahmad. Dans un entretien exclusif, il réitère sa position et estime que les sanctions infligées au malgache sont légères. Le cas Omari qui assure désormais l’intérim et l’élection du futur président de la CAF ont également meublé nos échanges.

Lion Indomptable : Vous révéliez et dénonciez depuis près de deux ans des faits de détournements de fonds et d’abus de pouvoir de la part d’Ahmad Ahmad. Aujourd’hui, après la sanction de la FIFA, comment vous vous sentez ? 

Gérard Dreyfus : Ma première réaction a été de dire : pourquoi avoir attendu aussi longtemps ? Les faits étaient établis et étayés par des documents. L’ancien secrétaire général Amr Fahmy, et l’ancien directeur financier, Mohamed El Sherei, me les avaient communiqués. Ils savaient que j’en ferais bon usage. J’ai servi de relais en exerçant mon métier de journaliste. J’avais naturellement côtoyé Ahmad bien des années avant le vote mais je le trouvais effacé, très replié sur lui-même, pas un bon communiquant. Mais le 17 mars 2017, dans les instants qui ont suivi sa victoire, j’ai alors compris qu’il ne serait jamais un grand président. Par son attitude, il avait humilié Issa Hayatou qui était très meurtri. Issa Hayatou était hagard. Je le regardais mais je ne pouvais pas lui parler. D’ailleurs m’aurait-il entendu ? Ahmad l’a ignoré. Il a bâclé en quelques secondes un remerciement comme celui qu’il devait dire en quittant la boulangerie après avoir acheté son pain. Il l’avait de la sorte chasser d’une maison à laquelle il avait consacré plus de trois décennies en lui donnant une véritable stature internationale. La voix du football africain alors comptait sur la scène internationale. Oui, ce jour-là, j’ai compris que le nouveau président de la CAF ne sera pas à la hauteur de ses prédécesseurs dont Ydnekatchew Tessema et Issa Hayatou.

Ahmad Ahmad a annoncé qu’il va saisir le Tribunal arbitral du sport (TAS) pour contester cette décision de la FIFA. Quelles sont ses chances ?

J’ai des éléments du dossier mais pas tous. J’espère simplement que le TAS sera à la hauteur des errements du président déchu.

La suspension pour une période de cinq ans et l’amende de 185 000 euros sont-elles proportionnelles au préjudice qu’il a causé au football africain ?

Personnellement j’aurais été sans doute plus sévère en prononçant une suspension à vie. Attention ! Toutefois, on ne connaît pas encore les attendus de la décision de la FIFA. Elle nous a livré une décision mais elle ne nous a pas complètement expliqué les raisons de son jugement. Et les Africains ont besoin de savoir parce que ce sont eux les principales victimes. Le football africain sort gravement meurtri de cette gouvernance. Son image, hors du continent, a pris un sale coup.

Vous vous dites aussi comme certains que Gianni Infantino a lâché son ancien ami qu’il avait porté à la tête de la CAF. N’est-ce pas ? 

Celui qui a le pouvoir voit s’agglutiner les rapaces dans sa cour. Infantino a voulu Ahmad mais il a vu le désastre dans lequel il avait conduit la CAF. L’Italo-Suisse voulait pouvoir compter sur les voix de l’Afrique. Il a cru trouver un homme de paille. La preuve aujourd’hui qu’il s’était trompé. Mais certains, dans l’entourage de l’ex-patron de la CAF, n’ont pas fait leur boulot. Ils n’ont été que des béni-oui-oui alors qu’ils portent une grande responsabilité. Beaucoup le savaient mais tous se sont tus.

Quels commentaires faites-vous du cas Constant Omari qui va assurer l’intérim jusqu’aux prochaines élections ?

Dès que vous évoquez le nom de Constant Omari, je ne peux m’empêcher de me souvenir de l’homme qui brulait d’impatience d’intégrer le Comité exécutif de la CAF et qui distribuait des T-Shirts à l’effigie du Président Hayatou, en pensant lui faire plaisir. Cet homme fait partie de ceux qui se montrent mais qui ne sont guère appréciés. Rassurez-vous il n’est pas le seul. Le football africain n’est pas leur souci.

Comment jugez-vous les rapports qui ont existé entre la FIFA et la CAF sous l’ère Ahmad ?

Le mariage a duré un peu plus de deux ans. Et puis Infantino a fait le choix d’enquêter sur la gestion de la maison CAF. Il a envoyé sa missi dominici Fatma Samoura qui a découvert l’envers du décor. Elle aurait souhaité prolonger un premier mandat de six mois par un second. Au Caire, toutes les sirènes d’alarme ont commencé à retentir. Et quand il a été question d’un renouvellement de Fatma Samoura, Ahmad lui a dit « dégage ». Aujourd’hui, je me demande si on ne peut pas créer un TAS africain car des abus, on m’en signale souvent. Mais là je crois que je rêve.

L’Afrique doit-elle regretter le départ d’issa Hayatou au regard des frasques de son successeur ?

On ne réécrit pas l’histoire. J’ai des liens très forts avec votre compatriote. Nous sommes de la même génération, nous avons le même âge. Je suis son aîné de quelques jours. Nous nous connaissons depuis 46 ans. J’ai un très profond respect pour lui. Je suis sans doute le journaliste qui le connaît le mieux après Abel MBengue. Issa c’est un ami. Vous allez me demander pourquoi pas un frère et je vous répondrai parce qu’un ami, on le choisit. Pour répondre à votre question, je dirai que Tessema et Hayatou doivent être la fierté du monde sportif africain et pas que. Un jour, s’il m’en donne l’autorisation, je raconterais un chapitre incroyable du mandat d’Issa Hayatou qui vous en apprendra beaucoup sur l’homme et sa haute valeur morale.

Quatre candidats se sont  déclarés pour les prochaines élections à savoir l’Ivoirien Jacques Anouma, le Sénégalais Augustin Senghor, le Sud-Africain Patrice Motsepe et le Mauritanien Ahmed Yahya. Quel est votre pronostic ? 

Cette bataille n’est pas la mienne. Je connais trois des quatre postulants. J’ai une idée du meilleur profil mais je ne vous la confierai pas. En revanche, je souhaite que les candidats puissent définir très clairement leur programme car je pense qu’il ne faut pas que la bataille soit circonscrite aux seuls présidents des fédérations. Messieurs, dites-nous qui vous êtes, ce que vous avez fait et ce que vous souhaitez faire si vous êtes élus. J’imagine une grande séance de questions-réponses par visio-conférence avec les journalistes africains. Les questions seraient les mêmes pour chacun des candidats. Au moins, le monde du football africain saurait quel avenir les uns et les autres souhaitent lui proposer.

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