Président du Conseil d’Administration de l’Union Sportive de Douala et patron du Syndicat des clubs d’élite du Cameroun (SYCEC), Franck Happi a décidé de sortir de son silence, alors que plusieurs sujets l’ont interpellé ces dernières semaines. De l’organisation du championnat professionnel sous le règne du Comité Technique Transitoire (CTT) aux problèmes internes de l’Union sportive de Douala en passant les affaires New Stars et Astres de Douala qui continuent de ternir l’ambiance du déroulement des championnats, il n’a éludé aucun sujet. Pour tout dire, il a vidé son sac comme on le dit trivialement, au cours d’un échange peut-être  long mais pas moins intéressant. Entretien…

La dernière actualité concernant l’Union sportive de Douala, c’est cette sortie de Bonaventure Djonkep, ex joueur et entraineur de votre équipe qui révélait que votre ex entraineur, Daniel Walinjom a passé deux ans sans salaire à l’Union. Comment réagissez-vous à cette information ?

J’attendais déjà la réaction de Daniel Walinjom parce que je ne voulais pas être le premier à réagir, c’est important que Daniel Walinjom ait réagi pour rétablir les faits. Je suis surtout extrêmement déçu de la part de Bonaventure Djonkep. Au moment où il est en train de lancer un centre de formation et un séminaire d’éducateurs,  en une semaine, sur plusieurs médias, il a fait des sorties tendancieuses contre une maison qui l’a vu grandir. Je suis extrêmement déçu et je m’inscris totalement en faux quant à cette situation. Comment vous pouvez penser que Daniel Walinjom a fait deux ans sans salaire dans l’Union ? Comment est-ce que c’est même mentalement possible qu’un entraineur reste deux ans sans salaire et continue de travailler avec vous ? Walinjom a plusieurs fois assuré l’intérim à la tête de l’Union. La première fois, c’était l’intérim d’Ernest Agbor, l’année dernière, lorsqu’on s’est séparés avec Love Kestelot Pogne, il a encore assuré l’intérim, c’est lui qui nous a sauvés de la relégation et cette année, on lui a donné la chance de prendre l’équipe première. C’est lui qui a choisi son adjoint, Moses Mbamo qui est encore là. A cause des résultats qui sont mauvais, on décide de se séparer et un gars à qui vous devez deux ans de salaire attend son successeur, ils se saluent et il vient dire au revoir aux entrainements. Il y a quand même quelque chose qui ne va pas. Les documents sont là au siège de l’Union, qui montrent qu’avec Walinjom, on s’est séparés dans de très bons termes. Après, j’ai essayé de mener ma petite investigation, j’ai appris plus tard qu’en réalité, Bonaventure Djonkep voulait entrainer l’Union (rire…), il voulait revenir à l’Union et est entré en contact avec certains membres et c’est fort de cette frustration qu’il fait cette sortie. Vous savez, c’est quelqu’un qui a quand même un problème de comportement, un problème d’éducation. Et je le dis aujourd’hui, il manque de bonnes manières, c’est dur de dire ça d’un adulte mais je suis obligé de le dire. Et je vais vous donner des exemples : partout où il est passé, il n’a pas fait deux ans, même quand il a été champion. Il a été champion avec Fovu de Baham, l’année dernière il a été mis à la porte, il n’y est jamais reparti, il a été champion avec Unisport, l’année d’après, il a été mis à la porte, il a été champion avec l’Union et l’année d’après, il a été mis à la porte, on s’est séparés, il n’est jamais revenu. Ça voudrait dire qu’il y a quand même un problème. Je vous rappelle que c’est le dernier grand entraineur camerounais de Coton Sport de Garoua. C’est après lui que Coton choisit de prendre des entraineurs expatriés, posez-vous la question. Personne ne nie ses compétences techniques et tout cela, mais ça ne suffit pas pour vivre dans un environnement. Et quand vous fermez les portes en les frappant au lieu de les fermer gentiment, on a ce genre de situation. Je suis extrêmement déçu parce que je pense qu’entre l’Union et Djonkep Bonaventure, s’il y a quelqu’un qui devrait quelque chose à l’autre c’est Djonkep qui devrait à l’Union de Douala et pas le contraire. Oui, il a été l’entraineur qui nous a donné le dernier titre de champion après 22 ans (2012, Ndlr), avec moi comme président. Mais rappelons les circonstances de ce titre. A la fin de la phase aller, on est cinquième du championnat et le conseil d’administration n’en veut plus. Il convoque une session et moi qui crois encore à mon entraineur, je le vois en aparté et je dis ceci, sous le couvert d’Anicet Mbarga Foe qui est encore vivant, vous pouvez lui demander : coach, on va avoir un conseil d’administration ce soir, je connais ton comportement écorché-vif, ne réponds à aucune provocation. On va te pousser à la faute pour que tu démissionne mais moi je pense qu’on peut encore faire  quelque chose. Ne réponds à rien du tout. Tu me laisses faire, ils vont t’attaquer, ils vont te faire des remarques, ils vont te critiquer mais à la fin, j’aurai le dernier mot. On est tombés d’accord là-dessus. On est allés au Conseil, et effectivement, les membres parmi lesquels Maitre Wakam qui sont encore là étaient très durs. Et à chaque fois qu’il voulait réagir, Anicet Mbarga lui donnait un coup de coude, de genou en lui disant de rester tranquille et de ne pas bouger. Et à la fin, on a dit : il faut qu’il parte. J’ai demandé pourquoi on ne donne pas un petit délai. On lui a donné trois matches en lui demandant de ramener sept points.  Dieu merci, de trois matches, c’est devenu 11 victoires d’affilée (33 points) et on est devenus champions du Cameroun. Voilà les conditions de ce titre de champion du Cameroun. Je vais plus loin : lorsqu’il prend la tête de cette équipe, au moment où je suis nommé président du Conseil d’administration, Djonkep sort de deux années sabbatiques. Je vous rappelle que c’est un très grand entraineur mais ce n’est pas un passionné de foot, il n’aime pas le foot. Il ne va au stade que quand il a des équipes qu’il entraine… Quand il prend l’équipe de l’Union de Douala qui va être championne du Cameroun, avec moi comme président, il ne connait pas les joueurs du championnat, ça fait deux ans qu’il n’a pas exercé, il était au quartier, il ne regarde pas les matches. Le seul joueur qu’il m’a ramené lors du recrutement, c’est un certain Ayissi qu’un de ses amis à Bafoussam, paix à son âme lui avait recommandé. Après quelques semaines d’entrainements, lui-même il a demandé à ce gars de partir, on l’appelait le roi de la terre battue. Le reste des joueurs a été amené par la cellule de recrutement que je dirigeais : Les Kombi, Fai, Babanda, c’est ma cellule de recrutement qui les fait venir, ce n’est pas le coach Djonkep. Je rétablis un peu la vérité… J’ajoute même, un grand joueur de l’Union qui est maintenant à l’UMS, Nguemaleu qui est chez les A’ au Maroc à l’époque nous aide dans ce recrutements-là. Je vous donne un exemple, le cas de Fai. Il est en fin de contrat de prêt avec l’Union, son président qui est aujourd’hui membre du Comité exécutif, quand je lui demande si Fai peut rester, il me dit : Président, votre ancien président a une dette de 400 000 avec moi, tu me paies d’abord cette dette et puis, je verrai, je te donne aucune garantie. Par contre, si Fai ne voyage pas, je te donne ma parole, il jouera dans l’Union. J’ai convaincu mes membres pour qu’on paie cet argent, même comme on n’avait aucune garantie que Fai resterait. On a payé ces 400 milles au FC Bamenda et malheureusement pour Fai, son transfert à l’étranger ne s’est pas fait et c’est comme ça qu’il a réintégré l’effectif de l’Union et le reste, c’est de l’histoire ancienne. Voilà comment l’équipe est championne du Cameroun. Je dis, je ne nie pas ses qualités d’entraineur mais je vous montre que l’équipe qui est championne, c’est moi qui l’ai construite, avec la cellule de recrutement, comme je le fais chaque année depuis que je suis le président de l’Union de Douala. Je voulais rétablir cela parce qu’on a l’impression que c’est le messie qui est arrivé. Voilà comment il est arrivé à la tête de cette équipe et nous sommes devenus champions du Cameroun. L’année suivante, étant champion, on doit jouer le champions League, il est en train de partir en stage en Allemagne. Après le tour de ville qui nous a permis de présenter le trophée, il nous a fait une liste des joueurs qu’il voulait. Sur les dix joueurs qu’il voulait, je lui ai donné neuf et j’ai maintenu l’effectif d’avant. Il n’y a que Fai et Babanda qui sont partis parce qu’ils étaient libres. Il m’a demandé les Djuimo, Meyoupo, Konyuy Judes, Bité… 80% de sa liste, je lui ai donné. Sauf que comme la plupart des entraineurs, après, les amis rentrent dans le fonctionnement… Après, il y a eu l’affaire Awudu Zakari, une affaire qui était simplement marketing. Je lui ai expliqué que cet enfant ne gagnait pas tout ce qu’on avait annoncé, il va gagner 120 milles ou 130 milles et après, on va dépenser 800 000 à un million pour sa prime de signature, ce que son manager Tigana a déclaré (25 millions de prime de signature), c’est pour le buzz médiatique, il n’a pas compris. Partout, il disait que le président a fait le recrutement. Mais l’année d’avant, qui avait fait le recrutement ? C’est toujours le président. Sauf que cette fois-ci, j’ai associé l’entraineur qui avait fait un an sur le terrain, qui avait réactivé ses réseaux et qui avait proposé des joueurs. Et puis, les résultats ne sont pas bons. On s’est assis, un soir de match contre New Stars ou Astres, je ne le rappelle plus et on a pris la décision de se séparer… J’ai mis Feunkou qui était son deuxième adjoint tandis que lui, il va à New Stars. Ironie de l’histoire, à la dernière journée, pour gagner la troisième place, Union bat New Stars à Limbe (2-0) et c’est lui qui était sur le banc de New Stars. Pourquoi je dis encore qu’il me doit beaucoup et que j’ai très mal ? Si Djonkep est revenu à l’équipe nationale, c’est un peu beaucoup grâce à moi. Allez demander au président Batamack, aller demander à Tombi A Roko Sidiki qui était secrétaire général de la Fédération ce que j’ai fait. Je ne le regrette pas mais je suis un peu déçu de voir avec quoi il me rétribue. Parce que même s’il avait des griefs contre mon équipe, en me regardant, il ne devrait pas. C’est pour ça que je vous explique qu’il n’a pas été limogé de l’Union parce qu’il était déjà dans les petits papiers au Ministère des Sports. C’est pour cela que j’ai préféré une séparation à l’amiable parce que ça allait salir son CV de dire qu’on l’a limogé de l’Union. On a préféré une séparation à l’amiable parce que son nom était déjà dans les tablettes avant qu’il n’aille à New Stars, on le sait, je cite des témoins. Il était persona non grata parce qu’on considérait qu’il était une tête brûlée, il représentait un peu ce qu’on peut considérer comme l’opposition et qu’il avait pris la parole lors des villes mortes de 1990 avec le carton rouge au nom des sportifs au Palais des congrès, une histoire politique. J’ai réussi à faire changer cela en expliquant qu’on ne peut pas avoir au Cameroun l’entraineur le plus titré localement et on ne le retrouve pas dans une sélection nationale. Voilà comment Bonaventure Djonkep a retrouvé la sélection nationale. Il ne m’a pas donné une bouteille de champagne, ni une bouteille de vin pour cela… Il y a des choses qu’on ne fait pas. Regardez les deux derniers  entraineurs qui ont été limogés en Angleterre, des gros entraineurs. Un gars comme Pochettino qui amène Tottenham en finale de Champions League 60 ans après. Mais qu’est-ce qu’il fait ? Une lettre pour remercier les supporters. Vous pensez qu’il est vraiment content ? C’est la Classe : Il faut savoir être classe. C’est ce qui manque et c’est ça qui fait qu’après, vous ne pouvez pas vraiment évoluer ailleurs, vous ne pouvez pas repartir vers vos patrons, parce que vous avez un comportement qui est  brusque, rustre même et c’est ce que je déplore. Je n’allais jamais dire cela de façon publique, je ne devais jamais dire cela de façon ouverte, mais il est allé trop loin. J’ai appris qu’il aurait une dette envers l’Union mais qu’il aille la réclamer. J’attends que nous soyons notoifié qu’il la réclame à la FIFA, à la Commission e recours ou au TAS. Et si l’Union est coupable, on paiera. Mais c’est maladroit, c’est très maladroit et ce n’est pas avec ça qu’i entrainera l’Union demain parce que même si je ne suis plus président de l’Union, de facto, je vais devenir un membre du Conseil des sages avec mon statut d’ancien président, sauf si je meurs entre temps. Au sein des membres de l’Union, contrairement à ce qu’il croit, les grands membres, ceux qui décident vraiment dans le club n’en veulent pas parce qu’on estime que son comportement est un comportement un peu trop brute, que ça manque de tact, de finesse et au moment où il est éducateur, où il travaille avec les jeunes, il gagnerait à mettre de l’eau dans son vin. Je vous cite une autre anecdote sur le titre. On joue notre match en retard contre Scorpion de Bé dans des conditions difficiles. Scorpion est pratiquement relégué et joue pour Coton. D’ailleurs, un de vos confrères dit qu’on a acheté le match, c’est du n’importe quoi ! Scorpion est arrivé ici avec 14 joueurs, avec des problèmes de diarrhée. C’est la Ligue de Football professionnel dont j’étais premier Vice-président qui a payé le transport à cette équipe pour éviter un forfait général, comme elle le fait à tout moment. Les gars de Scorpion qui ont la diarrhée, j’envoie le soigneur de l’Union les soigner, ils ont même des problèmes pour manger, je crois que je leur ai même donné la prime d’entrainement ce jour-là. Ce n’était absolument pas de la corruption, d’ailleurs, Scorpion a joué le match de sa vie. On a gagné ce match à la dernière minute du temps additionnel, un but de Joel Babanda. Mais qu’est-ce que mon entraineur a fait ? Il a attaqué l’arbitre du match, Mouandjo Kalla, en l’insultant, en disant que si la FECAFOOT ne veut pas que l’Union soit championne, qu’on nous le dise. Si elle veut que ce soit Coton, qu’on nous le dise. J’ai dit : ce n’est pas possible, on est morts. Si vous attaquez un arbitre alors qu’on était à la cinquième victoire d’affilée, on est morts. J’ai appelé Mouandjo Kalla pour m’excuser, pour expliquer que c’est à cause de la tension, la pression due à notre première place que mon entraineur s’est ainsi comporté, ça faisait longtemps que nous n’avons pas été à cette place, excuse-nous. Et pour une fois, Djonkep m’a écouté, lui qui est très fier, très orgueilleux, je lui ai dit, il faut que tu appelles Mouandjo Kalla pour lui demander des excuses et il l’a fait. Je ne dis pas que c’est ça qui nous a permis d’être champions mais ce sont ces petits ingrédients-là qui vous amènent au titre. Quand je vois donc, le comportement de Bonaventure vis-à-vis de  l’Union dont je suis encore le président, je suis extrêmement déçu. C’est pour ça que je m’épanche qu’aujourd’hui et que je décide de vider mon sac. Et s’il y a autre chose, j’attends.

C’est vrai que ce qui a poussé Bonaventure Djonkep à assener cette charge aux dirigeants de l’Union, c’est bien la situation sportive du club qui n’est pas flatteuse. Union broie du noir, après 12 journées, vous n’êtes que 14ème avec 14 points. Ce n’est pas ce qui était prévu en début de saison…

C’est clair que ce n’est pas ce qui était prévu en début de saison. Broyer du noir, je ne sais pas si on va dire que nous broyons du noir mais on passe une période quand même difficile. Mais justement, le grand entraineur, qui est le plus titré sur le plan local qu’est Bonaventure Djonkep, seul footballeur ballon d’or et meilleur buteur la même saison en 1981 avec le Tonnerre – je crois qu’il disputait ce titre de meilleur joueur avec Abega et il est meilleur buteur du championnat – doit bien comprendre que l’écart qu’il y a n’est pas si grand. Certes l’Union est 14ème au classement mais nous ne sommes qu’à cinq points de la troisième place. C’est deux matches, c’est un match. Dans ce championnat, en dehors de Coton qui a vraiment fait le break et dans une moindre mesure Avion qui est deuxième. Oui, les résultats ne sont peut-être pas ce que nous attendions. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons cherché à faire un électrochoc en nous séparant conjointement avec Daniel Walinjom mais la situation n’est pas irrémédiable, on n’est pas au play-off là. Nous avons encore 22 journées de championnat, donc, il y a encore 66 points en jeu. Qu’un entraineur qui connait bien, sauf s’il veut seulement jeter dans la polémique ou verser de l’huile sur le feu va dire : oui, il faut faire attention, il faut tirer la sonnette d’alarme mais il ne peut pas penser que la situation est irrémédiable. Regardez les gens qui étaient en tête du classement, aujourd’hui ils se retrouvent pratiquement à la queue. Ceux qui étaient à la queue sont pratiquement devant. C’est un championnat qui n’a pas encore dit son dernier mot, qui n’a pas encore livré son vainqueur, ni son verdict et dans lequel nous espérons jouer notre rôle malgré la position que nous occupons actuellement.

Le premier match de Richard Towa qui est le nouvel entraineur, c’était dimanche lors du classico face au Canon. C’est vrai que c’est quand même un peu prématuré de vous le demander : est-ce que vous avez senti un changement ?

Ce n’est pas possible de le sentir immédiatement. Vous savez, quand on change d’entraineur, la première chose, c’est un truc impalpable, immatériel. C’est ce qu’on appelle un choc psychologique, changement de discours. Un entraineur ne peut pas venir en trois jours révolutionner, ce n’est pas vrai, ce n’est pas possible, sinon, on changerait d’entraineur tous les trois jours pour avoir des résultats. Mais il y a quand même un changement de discours, et je remarque que ça faisait quatre ou cinq matches que nous encaissions des buts, et que nous avons réussi à faire un match sans prendre de but. C’est de bon augure parce que la construction d’une bonne équipe part de la défense. On espère que dimanche à Bamenda lors de la prochaine journée qu’on puisse ramener des points et que rapidement, on se mette en ordre de marche et surtout qu’on ne perde pas trop de points entre maintenant et la trêve. Le temps de la trêve, je pense qu’il aura le loisir de mieux faire asseoir sa philosophie et nous donner la satisfaction qu’on attend. Ça fait longtemps que j’aurais dû travailler avec Richard. Je voudrai aussi rétablir la vérité ici. Ça s’est fait en quatre heures, la discussion avec Richard. Nous avons perdu le match à Bamenda, il était 15 heures, j’étais un peu grogue, je me demandais qu’est-ce qu’il faut faire. A 19 heures, je l’ai appelé pour prendre rendez-vous, on s’est vus  à 20 heures et à 22h30, on était d’accord et le lendemain, c’était signé. Contrairement à ce que beaucoup disent, ce n’est  pas quelque chose qui était prémédité et pensé… j’ai même contacté un autre entraineur dont je ne veux pas citer le nom, il n’a pas daigné me rappeler et malheureusement pour lui… Je dis à cet entraineur-là qu’il ne faut pas faire ça. Quand un président de club vous appelle et que vous dites que  vous êtes au stade et que vous allez le rappeler, même si vous n’êtes pas intéressé, rappelez parce que demain, vous ne savez pas où vous allez vous retrouver. Cet entraineur-là, il ne m’a pas rappelé et moi, je ne l’ai pas rappelé. Je ne peux pas vous dire qui c’est parce que ça ne sert à rien. Il va se reconnaitre parce qu’il sait que je l’ai appelé, je l’ai appelé même avant d’appeler Richard (Towa).

Sur le cas Richard, est-ce que l’Union a mesuré l’ampleur de recruter un entraineur de ce calibre ?

Mais est-ce que Richard a mesuré l’ampleur de travailler avec l’Union ? Tout ce qui est raconté par les élucubrations de Bonaventure (Djonkep), vous pensez que Richard vient pour les cacahuètes ?  Vous pensez qu’il vient pour mes beaux yeux ? Vous pensez qu’il vient parce que je parle bien ? Donc, je suis un magicien, j’ai le verbe tellement bon que je vais l’emberlificoter comme ça et il va venir… mais arrêtez !

Donc, Union a cassé la baraque ?

Union a fait ce qu’il fallait et Richard a fait beaucoup de sacrifices. Par contre, ce que je sais, ce qui est la force de l’Union, ce qui est ma force, c’est comme les garçons qui savent draguer les filles. Ce ne sont pas les plus riches qui ont les plus belles filles, c’est les garçons qui sont les plus galants, les plus élégants, qui ont le bon discours. Par contre, ce que je sais que je peux faire, c’est que là où un joueur prendrait quatre millions de primes de signature ailleurs, à l’Union, il prendrait cinq cent milles, il prendrait un million. Mais ne pensez pas que les joueurs viennent gratuitement à l’Union. Vous pensez qu’Andoulo est venu gratuitement à l’Union ? Vous pensez que les Baliang sont là pour mes beaux yeux ? Ou alors que Serges Diguel est là parce que je parle bien ? Donc, le tchadien, il vient ici parce que Franck Happi parle bien, en laissant YOSA avec toutes les bonnes conditions et le bon traitement qu’il a pour mes beaux yeux. C’est des histoires. Mais comme je ne veux pas chaque fois rentrer dans la justification… Maintenant, je ne cache pas que nous avons d’énormes difficultés financières comme la plupart des clubs. D’énormes difficultés des fois à payer nos joueurs. Chaque club utilise maintenant ses mécanismes internes pour pouvoir tenir les deux bouts, amener les joueurs à une performance optimale au vu des moyens qu’il a. Arrêtez de penser qu’on ne paie pas, ce n’est pas vrai.

Aujourd’hui, vous avez combien de mois d’impayés ?

Aujourd’hui, nous ne parlons pas des mois d’impayés. Nous discutons, nous avons une politique particulière avec nos joueurs où l’enveloppe salariale globale est discutée, on est d’accord là-dessus et on vous donne un certain montant là-dessus. Et à la fin de la saison, on regarde. En général, certains, on ne leur doit rien, à d’autres, on va devoir, 200 000, 300 000 ou 400 000. Ça dépend. Nous, on ne parle plus de salaire mensuel. Nous calculons le salaire mensuel pour la période, là, je vous donne un secret que beaucoup de clubs vont copier, c’est gratuit, et on s’entend avec les joueurs. Voilà comment nous fonctionnons. Vous pensez franchement que l’Union ne paie pas les salaires, ne paie rien mais vous jouez les play-down qui sont une période très difficile et vos joueurs ne grèvent pas, toujours parce que le président parle bien ? Arrêtez, ce n’est pas vrai. Nous avons une politique adaptée. Par contre, nous disons la vérité aux joueurs et ils savent quelles sont les conditions. Maintenant, il y a des moments où c’est un peu plus dur que d’autres moments et c’est là que le discours, la vérité est très importante. C’est-à-dire, vous ne leur dites pas demain et puis demain, vous fermez le téléphone. Vous leur dites, je ne peux pas actuellement, je pourrai dans une semaine, je ne peux pas dans une semaine, je pourrai dans un mois et j’ai des relations extraordinaires avec mes joueurs là-dessus. Nous avons effectivement mesuré et on a pu signer Richard Towa qui est un entraineur qui est très prisé et qui voulait aussi entrainer l’Union. La dernière fois, ça ne s’était pas fait, ses conditions étaient largement au-dessus de ce que je pouvais faire – d’ailleurs, c’est dans ce bureau qu’on a discuté – on ne s’est pas entendu mais là aujourd’hui, l’occasion a fait le larron, il a revu ses prétentions à la baisse mais ne pensez pas qu’il vient pour mes beaux yeux, ce n’est pas vrai.

On va sortir sur les questions concernant l’Union de Douala avec cette assemblée générale prévue à la fin de la phase aller du championnat tel que vous l’aviez annoncée. Quelles en seront les grandes lignes ?

Cette assemblée générale à la mi- saison, c’est en fait pour faire le bilan de la phase aller et jeter les bases de la phase retour. Et je pense que c’est surtout une assemblée pour remobiliser les membres, remobiliser les supporters, essayer d’amener un peu plus d’assise financière à cette équipe. C’est ça le but de cette assemblée générale, il n’y a pas un autre objectif. Nous espérons que nous serons en très bonne position pour que le maximum de supporters puissent y participer et puissent contribuer à faire en sorte que la fin de saison soit la meilleure possible pour l’Union.

Quand vous parlez de bilan financier, vous y mettez quoi quand on sait que lors de la récente assemblée, vous avez récolté la modique somme de moins de  10 millions de Francs CFA ?

Il ne s’agit pas seulement du bilan financier, nous ferons le bilan de toute la phase aller. Il y aura aussi bien le bilan sportif que le bilan financier. Quelles sont les contributions ? Où est-ce qu’on en est ? Comment est-ce qu’on peut faire ? Vous devez savoir que les clubs aujourd’hui dits populaires souffrent énormément. Il y a une grosse désaffection des membres dits historiques et donc, il faut trouver des mécanismes pour pérenniser, sinon, ces clubs vont mourir. C’est pour ça que le président du Comité des sages a préconisé cette assemblée de mi-saison, je n’y vois aucune objection. Lorsqu’on sera à la fin de la phase aller, il la convoquera et puis, on tirera les conséquences de la situation financière et ça permet de réveiller les membres qui s’endorment un peu parce qu’après l’assemblée, en général, certains sont engagés, d’autres tirent un peu la patte. Si les résultats ne sont pas bien, ils trainent encore la patte. Une assemblée comme celle-là permet de remobiliser les troupes pour se refocaliser sur les objectifs et j’espère qu’au moment où on la tiendra, on aura repris notre tableau de marche pour être dans les trois-quatre premiers et être capable de disputer la phase retour de façon beaucoup plus conséquente et de mettre un peu plus la pression sur Coton Sport qui est aujourd’hui largement en tête du championnat.

Et si les résultats ne s’amélioraient pas sur le terrain, ne craignez-vous pas que cela puisse créer des tensions lors de cette assemblée au point où certains en viennent même à réclamer votre tête ?

Moi, je n’ai aucun problème. Je dis, même demain… Je pense que j’ai la troisième longévité à la tête de l’Union, près de huit ans. Je peux vous dire que je commence à saturer. Et si c’est que les supporters et les membres ne veulent plus de moi, on ne va pas m’enlever d’être de l’Union. Je vais me retirer, on va laisser la place à quelqu’un d’autre. Je vais prendre la place d’un membre ordinaire et faire des contributions minimales comme tous les membres ordinaires. Je ne ferai plus les contributions que je fais en tant que président. Moi, je n’ai aucun problème par rapport à cela. L’union, c’est une partie de moi, c’est ma vie, nous y sommes de père en fils et donc, on ne va pas m’enlever, ça fait partie de mon patrimoine. Mais maintenant, je ne vais jamais regarder l’Union sombrer, ce n’est pas possible. Si c’est qu’il faut faire don de ma personne pour que l’Union puisse avancer, moi, j’ai aucun problème. Mais je pense quand même avoir marqué l’histoire de l’Union, au moins, on a remporté un titre et ça faisait 22 ans, on n’avait pas gagné ce titre-là. Heureusement qu’on a mis en place aujourd’hui une politique et que j’ai prévenu les supporters sinon, je pense qu’aujourd’hui, le club serait en deuxième division parce que nous n’avons plus les moyens d’il y a 20 ans, d’il y a 30 ans… Aujourd’hui, ça devient de plus en plus difficile. Faites la comparaison de la situation de l’Union avec les autres clubs dits mythiques. Bamboutos a fait le yoyo, Canon a fait le yoyo, Tonnerre a fait le yoyo, Unisport est en deuxième division, Panthère a fait le yoyo mais Union reste. Mais pour combien de temps encore ? C’est pour cela qu’il faut que le noyau dur de ceux qui sont encore là continue d’être là. Quand je dis noyau dur, ce n’est pas ma personne mais c’est les membres les plus importants qui sont là aujourd’hui, il faut qu’on augmente ce nombre de personnes-là pour continuer à tenir cette équipe parce que, détrompez-vous, il n’y a plus quelqu’un qui est prêt à venir mettre 100 millions dans une équipe de football qui appartient à deux millions de personnes. C’est dépassé ça ! Le gars qui a 100 millions ou 50 millions à mettre crée sa propre équipe et il ne rend compte à personne. Aujourd’hui, c’est ça le problème. Président Kwemo de l’UMS, c’est un ancien vice-président de l’Union, il a été vice-président même pendant près de 7 ans. Mais aujourd’hui à UMS, il ne rend compte à personne. Le président Dieudonné Kamdem (Astres et Fovu, NDLR) a été un grand membre de l’Union, il ne rend compte à personne. C’est donc ça aujourd’hui le problème des clubs dits mythiques parce que les membres se sont retirés parce que c’est souvent très difficile. Si vous n’avez pas une certaine passion, vous ne vous en sortirez pas parce que quand vous entendez ce que certains supporters vous disent et vous envoient comme message et vous regardez le sacrifice matériel, temporel et financier que vous y mettez, vous avez envie de tout envoyer balader. Mais quand vous savez que c’est votre chose, que ça fait partie de votre patrimoine, ça fait mal mais vous essuyez les plâtres. Là maintenant, honnêtement, je commence à sentir un peu de lassitude et je suis à la dernière année de mon deuxième mandat de quatre ans.

Pouvez-vous nous expliquer  la politique que vous dites avoir mise sur pied pour éviter que l’équipe ne connaisse le sort des autres clubs mythiques ?

Nous sommes champions du Cameroun en 2012. Je suis tout excité, je suis persuadé qu’on va placer trois ou quatre joueurs et ça va renflouer les caisses de l’équipe et on va repartir. Sauf que tous mes amis managers me disent : Franck, tu n’as pas de joueurs. Comment ça, je n’ai pas de joueurs ? Oui, je n’ai pas de joueurs parce que la plupart de mes joueurs ont 24-25 ans et ne sont pas considérés comme transférables. D’ailleurs, je vous l’ai dit, les deux joueurs qui sont partis sont partis libres. Fai est parti libre, d’ailleurs, il est repassé par Njalla Quan pour aller en Roumanie et prendre son envol, Babanda est parti au Maroc libre. La deuxième année, on est troisième, on me dit une fois de plus : Franck, tu n’as pas de joueurs. On réussit grâce à Christian Mbongo à placer Edoa Ngah en Arabie Saoudite. Une anecdote encore qui ramène à Djonkep et ce que je vous dis, c’est pour que vous vérifiez. On fait le bilan de la phase aller. Charles Edoa Ngah, c’est sa troisième année à l’Union, il est à deux buts à la fin de la phase aller. Je crois qu’on jouait  26 matches et on avait fait 13 matches. En réunion avec le staff, Djonkep me demande de libérer Edoa Ngah Charles et tout le staff. Je dis non, ce gars est sorti de Russie et c’est le président Domkeu qui l’a fait venir, je leur dit que je suis persuadé que c’est ce gars qui va faire rentrer les premiers sous dans l’Union et c’est un jeune, on ne peut pas avoir un garçon de 21 ans comme celui-là et on le libère comme ça. Finalement, il est maintenu dans l’équipe, à la fin de la phase retour, il a marqué 11 buts, il est deuxième meilleur buteur du championnat, et l’année d’après donc, c’est lui qui nous fait le premier transfert en Arabie Saoudite. Jusque-là, je n’ai pas encore bien compris. On me dit : il faut que tu prennes des jeunes. On avait déjà commencé à intégrer les jeunes mais l’entraineur n’en voulait pas, c’est comme ça qu’on a eu des joueurs comme Rostand Mbai, il a fait un an, il est parti. On a eu les Enumba, un jeune qui venait d’Edea qui aujourd’hui est tout feu toute flamme en Uruguay. L’entraineur estimait que ce ne sont pas des joueurs qui peuvent évoluer en première division. C’est lorsque Sébastien Roques arrive la troisième année  et que ça ne se passe pas bien et on termine 8ème ou 9ème qu’on a la sonnette d’alarme et je dis : il faut changer. C’est donc comme ça que je décide de changer complètement de fusil d’épaule et de partir sur le projet jeune. On avait eu des équipes juniors puisque c’est de là que sont sortis les Anye (Derrick), les Younou (Bleck Casimir) mais là, j’ai changé complètement de fusil d’épaule pour donner la chance à une nouvelle génération. Je dis à Diallo Siewe qui était stagiaire chez moi qu’il me faut un entraineur pour la post-formation qui peut comprendre le football des jeunes et qui comme la plupart des entraineurs, ne va pas vous dire qu’il n’y a pas de joueurs lorsque vous leur donnez une équipe de jeunes, parce qu’il n’y a pas de nom. Je lui demandais cela sincèrement et il m’a dit qu’il pouvait lui-même le faire. Je l’ai eu en entretien, il m’a expliqué son projet et j’ai compris qu’il pouvait. D’ailleurs, quand on commence, les gens se moquent de nous, en disant que c’était une équipe de l’école primaire de Bana… C’est cette politique que nous avons continuée. Heureusement que nous avons mis cela en place. Je vous dis que si nous n’avions pas mis cela en place, avec les difficultés que nous avons eues, avec la mort du père Zuko, paix à son âme, que je ne remercierai jamais assez, qui avait toujours été un grand financier de l’Union, qui était l’arbre qui cachait la forêt de tous les présidents. Tous les présidents ont bénéficié de sa manne sauf moi parce que quand je suis arrivé, il était décédé. Aujourd’hui, ses enfants continuent d’accompagner mais ce n’est plus la même chose parce que le tissu économique, le monde des affaires a beaucoup changé. Du coup, nous sommes obligés de réinventer notre modèle économique. C’est ce que nous essayons de faire et ce n’est pas évident. C’est ça qui fait que je suis en retard sur la plupart de mes projets. Honnêtement, si on m’avait dit qu’aujourd’hui, Union n’aurait pas un terrain d’entrainement, je n’y aurais pas cru. Mais la réalité du terrain, quand il manque de moyens, vous n’allez pas commencer à dire que vous allez mettre sur le terrain d’entrainements alors que vous devez payer les primes d’entrainements et entretenir les joueurs. C’est ça la vérité et ça, c’est mon plus gros échec. Mon plus gros échec, c’est de ne pas pouvoir donner à Union, huit ans après, un patrimoine qui appartienne à l’Union. Je prie Dieu pour le peu de temps qu’il me reste à passer à la tête de cette équipe, qu’il me donne la possibilité de faire cela. Mais si je ne le fais pas, en mon âme et conscience, je saurai que j’ai tout donné et je n’ai pas pu,  j’accompagnerai le prochain président dans cette direction-là parce que pour bien se développer, il faut avoir sa propre structure d’entrainement et Coton sport qui est aujourd’hui le leader au championnat camerounais, ce n’est pas un modèle pour nous, même si c’est le leader. Ce n’est pas le même modèle économique. Coton sport, c’est une corporation, c’est une société qui a en son sein une équipe. Ce sont les employés de la Sodecoton qui soutiennent Coton Sport. Mais c’est la locomotive du football camerounais et c’est le leader mais ce n’est pas le modèle qu’il faut copier. Le modèle qui doit être copié, c’est Union qui doit le montrer, c’est Bamboutos qui doit le montrer, c’est Panthère, c’est Unisport, c’est Léopard… Un modèle basé sur l’association, sur les membres. Mais je vous dis, c’est très difficile, surtout dans l’environnement d’aujourd’hui. Mais on va continuer de forcer jusqu’à ce qu’on y arrive. Peut-être que vous avez besoin d’une étincelle : un petit transfert à 200-300 milles euros et la vie change. Mais ça, ce n’est pas tous les jours que ça arrive.

On va entamer une nouvelle thématique et cela concerne cette rumeur qui annonce un mouvement des présidents de clubs dans les prochains jours pour réclamer davantage de subvention. Cette rumeur est-elle fondée ?

Déjà, je tiens à le dire de façon publique et à féliciter la Fédération camerounaise de football et le Comité Technique Transitoire. Parce que nous sommes à la 12ème journée en Elite 1 et la 10ème en Elite 2, la programmation est respectée et nous avions en engagement par rapport à ce qu’il fallait recevoir en termes d’engagements en début de saison. Pour le moment, cela a été respecté. Il faut le dire. Là-dessus on n’a pas de problème avec le Comité Technique transitoire, c’est-à-dire la Fédération camerounaise de football. Mais ça ne peut pas suffire par rapport aux engagements qu’attendent les clubs, par rapport aux engagements qui sont prévus. On nous accuse des salaires des joueurs mais sur l’enveloppe des salaires des joueurs, la subvention du Ministère des sports, on a encore rien reçu. L’enveloppe de fonctionnement de la Ligue – la Ligue n’existe plus – du Premier Ministère, on ne l’a pas encore reçue. Mais ça, c’est peut-être paradoxal. Au moment où le Cameroun accueille le CHAN. C’est le moment où, en termes d’infrastructures, nous devons être au top mais en termes de qualité de joueurs également, c’est l’année où plus que jamais les joueurs locaux devaient être traités, bichonnés pour leur donner une participation optimale à ce championnat d’Afrique des Nations qui lui-même est un prélude à la Coupe d’Afrique des Nations de 2021. Mais qu’est-ce que nous voyons ? Nous avons l’impression d’être la cinquième roue de carrosse. C’est pour cela qu’on a tiré la sonnette d’alarme, nous avons interpellé la Fédération, nous avons interpellé le Ministère des sports et nous avons même interpellé le Premier Ministre parce que l’Etat a une obligation de nous accompagner. Oui, l’Etat a d’autres choses : il y a les élections, il y a la situation dans le NOSO, la situation avec Boko Haram mais le football joue un grand rôle de pacification. Nous sommes le démembrement de l’Etat qui existe encore dans le NOSO par exemple. Quelle que soit la période, depuis trois ans, nous jouons au foot dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Ça veut dire que le foot est un élément de pacification, c’est un élément de rassemblement, raison de plus pour nous accompagner, raison de plus pour nous permettre d’évoluer correctement. Normalement, au Sud-Ouest, il y a ville morte tous les lundis mais vous voyez bien qu’on joue les matches de championnat les lundis. Et ce n’est pas uniquement au Cameroun, partout dans les pays en guerre, lorsqu’il y a match de football, les belligérants taisent et déposent leurs armes pour jouer au football. Que l’Etat nous aide, nous en avons grandement besoin. C’est pour ça que nous avons interpellé les autorités et nous osons croire que nous allons être entendus et que ce qui doit être fait doit être fait.

Que dites-vous à ceux qui estiment que vous pleurnichez beaucoup et que si vous estimez que vous n’avez pas les moyens pour gérer vos clubs, vous devez débarrasser le plancher ?

C’est facile de dire ça…

Peut-être pour relancer la question, est-ce que vous ne pensez pas que si l’Etat ne continue pas à vous accompagner, c’est parce que la Ligue n’existe plus, d’un et de deux, combien réclamez-vous à l’Etat en termes d’accompagnement ?

En termes d’accompagnement, nous réclamons 910 millions, 560 millions plus 360 millions. On n’a encore reçu aucun copeck.  Sur ceux qui nous accusent de pleurnicher, vous savez, ce sont des gens qui sont à l’extérieur, qui parlent simplement pour parler. Dans les grandes démocraties, l’Etat finance les partis politiques. Vous décrétez le professionnalisme comme vous l’avez décrété au Cameroun, à qui la faute ? A qui le tort. Je ne veux pas rentrer dans la polémique de la Ligue de Football Professionnel, vous savez ce que j’en pensais, je n’en pense pas moins. Je savais que nous allions en arriver là et si vous êtes honnêtes, à la fin de la campagne, j’ai dit : si l’élection se passe comme elle va passer, la Ligue va mourir parce qu’une Ligue de peut pas fonctionner sur les subventions de l’Etat, on est d’accord. Mais quand ça n’a pas été bien fait, l’Etat est obligé d’accompagner. Je suis dans un domaine : l’Education où l’Etat continue de subventionner les établissements scolaires. Mon établissement à 50 ans. L’Etat continue de subventionner les établissements parce que nous avons une mission de service public. Nous employons des jeunes, nous sortons des jeunes de la débauche, nous sortons des jeunes de l’oisiveté, nous avons une mission de service publique, nous sommes un démembrement de l’Etat. On ne peut pas nous dire que nous sommes en train de pleurnicher, c’est faux. Mettez en place des structures de façon correcte, encadrez les correctement, accompagnez-les. Depuis trois ans, les clubs du Centre et du Littoral jouent hors de leur base. Vous imaginez le manque à gagner ? Il y a quatre ans, quand je faisais le budget de l’Union, je tablais sur 20 millions de recettes en début d’année. A la fin de l’année, lors du moment du bilan, on était vers 15 millions, ou 12 millions. L’année dernière, on a fait moins de 800 000 en termes de recettes de stade or chaque match nous coûte pratiquement 700 à 800 milles voire un million de Francs pour aller jouer à Limbe. Quand vous regardez tous les clubs du Littoral qui sont descendus ou qui sont en deuxième division, vous pensez que c’est quoi ? Où est le douzième homme. Vous pensez que quand on joue Coton, lorsqu’on vient d’égaliser à 2-2, si nous sommes au Stade de la Réunification, le public ne va pas pousser pour chercher le troisième but ? Mais où est notre public ? Nous, on joue à l’extérieur toute la saison. C’est la même chose pour les clubs du Centre. Oui, ils jouent à Yaoundé, c’est vrai mais ils dépensent au moins 200 000 pour aller jouer à Mbankomo pour une recette totalement nulle. Et vous avez des gens qui réussissent à vous expliquer qu’il faut garder les stades d’entrainements, les préserver pour le CHAN. Mais il y a un problème ! C’est pour cela que nous avons demandé à rencontrer le Ministre des Sports et le Premier Ministre pour qu’on nous explique. Les stades, c’est pour qui ? Nous allons recevoir l’Afrique, chacun des joueurs de ces pays africains va s’entrainer dans des bons stades et les nôtres vont s’entrainer dans la boue pour qu’au moment où le CHAN va arriver, subitement, on va les garder en stage comme Clément Arroga le fait deux semaines sur cinq et vous pensez qu’ils vont être d’attaque pour pouvoir réussir ? Non !

Vous aviez pourtant des assurances en début de saison concernant ces infrastructures avec cette convention qui devait être signée avec le Ministère des Sports…

Tout à fait ! Mais vous savez, souvent, c’est des problèmes de personnes, des problèmes de fonctionnaires, des gens qui ne comprennent pas. Si vous avez des collaborateurs autour du Ministre qui ne lui expliquent pas le bien-fondé, ce n’est pas bien. Le Cameroun n’est pas le premier pays à organiser une compétition. Renseignez-vous, vous êtes des journalistes. Où est-ce que vous avez vu qu’on a fermé les stades au championnat au moment de préparer la compétition ? Ce n’est pas vrai ! Ce n’est pas vrai ! Et ça, on ne peut pas se taire. On s’est longtemps tus mais là, on est obligés de monter au créneau pour dire que ce  n’est pas possible. Il n’y a pas de raison, nous ne sommes pas en train de demander les terrains de matches, on ne demande pas à jouer au Stade Ahmadou Ahidjo, nous demandons à jouer sur les terrains d’entrainements. Donc, il n’y a pas de moyens, il n’y a pas de recettes, en plus de cela, vous nous obligez à nous déplacer. A chaque match, il faut se déplacer. On est en train de nous tuer à petit feu et aujourd’hui, nos joueurs vont au Rwanda ou en Guinée Conakry qui a deux équipes en phase de poule de la Champions League de la CAF. Vous pensez que c’est quoi ? Je ne suis pas sûr qu’il y ait plus de talents là-bas. Il faut une vraie volonté d’accompagnement mais un encadrement de l’action de l’Etat. Je dis, nous recevons des subventions dans l’enseignement privé laïc. Même comme il s’agit des sommes modiques, chaque année, nous recevons au moins quatre missions de contrôle. Il y a 20 ou 30 ans, dans l’enseignement privé laïc, les subventions allaient vers les 10-15 millions en fonction des types d’établissement. Aujourd’hui, ça tourne autour d’un million, deux millions ou trois millions. Mais je vous dis, nous avons au moins quatre missions de contrôle dans l’année pour s’assurer que les fonds qui ont été mis à votre disposition ont été utilisés pour le but pour lequel on vous les a donnés. C’est tout ce qu’il faut faire, personne n’interdit à l’Etat de venir dans les clubs, de demander des comptes, les comptes d’emploi, des justificatifs de dépense qui ont été faites. Mais encadrez cela. On ne peut pas penser que nous voulons décréter le professionnalisme comme nous l’avons fait et on laisse faire.

Est-ce que le fait que la Ligue de Football Professionnel et la FECAFOOT soit encore en litiges dans des juridictions sportives ne contribue pas à embrouiller l’Etat qui ne sait peut-être pas à quelle structure remettre cette subvention ou alors, l’Etat n’est-il pas déçu après avoir constaté que cet argent qu’il a souvent envoyé n’est pas allé dans les mains des joueurs ?

Déjà, il faut savoir que la subvention de l’Etat, ce n’est qu’une partie de la gestion salariale des joueurs. Ce n’est que 22 joueurs et trois encadreurs et que c’était prévu pour 28 équipes. Aujourd’hui, nous sommes 33 et il n’y a aucune équipe qui joue avec 22 joueurs. Le minimum c’est 30, 35, 40. Donc, il y a un différentiel qui est pris en charge par les clubs, c’est la première chose. Et la deuxième chose – et c’est là où la presse, vous ne faites pas votre travail – dans ce débat avec la Ligue. Qui a créé la Ligue ? En 2011, c’est la FECAFOOT qui donne mandat à la Ligue. Vraiment, c’est un faux débat. Et c’est ça le problème des conseillers. Quand vous savez des conseillers occultes qui vous racontent des histoires… Et ça, ça toujours été mon combat. La Ligue n’a son existence que parce que la Fédération l’y autorise. La Fédération donne un mandat à la Ligue de football professionnel pour gérer le football professionnel, un pan de l’activité de la fédération. Comme l’Etat, à travers le Ministère de l’Education nationale donne mandat à un promoteur d’établissement privé laïc d’exercer la mission de service public qu’est l’enseignement. Si vous ne respectez pas les normes du Ministère des Enseignements secondaires, on vous retire votre agrément, on ferme votre établissement scolaire. Donc, le débat qui s’est posé, pour moi, est un faux débat. En Côte d’Ivoire, la Ligue de football professionnel est une direction de la Fédération ivoirienne de football. En Allemagne, la Ligue de football est dans la fédération allemande de football. C’est un faux débat ! Le problème est : qui gère aujourd’hui le football professionnel ? C’est le Comité technique transitoire à la Fédération camerounaise de football. En plus, disons nous les vérités, peut-être que ça va faire partie de vos prochaines questions. Tout l’imbroglio juridiques des montées-descentes des clubs, il vient d’où ? C’est un héritage de la Ligue de football professionnel, ce sont les dysfonctionnements de la Ligue de football professionnel. Disons-le ! Comment on peut en arriver à ce que le règlement de la compétition puisse être remis en cause alors qu’on a joué toute une compétition ? Et la Ligue existe.

Récemment à Limbe, Aboubakar Alim Konaté parlant des cas New Stars et Astres de Douala qui ont chacune une décision de justice favorable, a donné l’impression que ces deux équipes doivent oublier l’Elite One pour cette saison. Quel est le commentaire que vous pouvez en faire en tant que président du SYCEC ?

Déjà, je ne peux que déplorer cette situation, j’ai tout fait pour faire entendre raison. Vous savez, il vaut mieux faire un mauvais arrangement qu’un bon procès. Lorsque cette situation a commencé, j’ai parlé au président de New Stars qui est mon ainé, mon grand frère, le président Domkeu. Je lui ai expliqué la démarche qui pour moi était la meilleure démarche. C’était que quel que soit ce qui arrivait, il fallait jouer d’abord, ça ne l’empêchait pas de jouer. J’ai fait la même démarche auprès du président des Astres… Le président de New Stars, lui, c’est quand même quelqu’un de très fort, il a une panoplie d’avocats, il sait comment faire, il a choisi sa méthode. Mais il ne peut pas vous dire que je ne l’ai pas approché pour lui dire ce que je pensais être la meilleure méthode. Le président des Astres, ça n’a pas été facile mais il m’a écouté et j’ai été entendu et les Astres ont commencé à jouer. Maintenant qu’ils ont obtenu une décision, la fédération regarde, on est à douze matches, comment on fait ? On a le CHAN qui arrive, il faut arrêter en mars, comment on fait avec les matches en retard ? Ce n’est matériellement pas possible de faire cette réintégration si jamais elle doit être faite. Dans le cas de New star ou pour Astres, je ne sais pas si la fédération a fait appel ou pas. Mais c’est matériellement impossible de réintégrer ces équipes-là. D’où l’importance qu’il y avait de jouer d’abord et de négocier tout ce que vous pouvez négocier après. Aujourd’hui, Dieu merci, la raison est en train de prévaloir et Astres est en train de jouer en espérant que les choses vont rentrer dans l’ordre en vue d’une réintégration l’année prochaine. Pour la situation de New Star, je pense que tel que c’est parti, New stars va aller au bout de sa logique, c’est-à-dire épuiser toutes les voies de recours avec toute l’incertitude que cela comporte. Vous savez, un procès, vous n’êtes jamais sûr de le gagner. C’est pour ça que l’on dit qu’un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès. Malheureusement, c’est une situation qu’on pouvait éviter et c’est ça qui est dommageable. Personne ne se rappelle d’où est-ce qu’on sort. Ça, c’est l’héritage des dysfonctionnements de la Ligue de Football professionnel. Rien à cause de ça, il ne devrait plus avoir de Ligue. Qu’on en arrive à cette situation-là. Que la Commission d’homologation et de discipline de la Ligue rende dix jugements – j’essaie de schématiser – et que neuf de ces jugements soient remis en question, reformés à la Commission des recours de la fédération, c’est qu’il y a un problème.

Peut-être à la Fédération…

Non, comment à la Fédération ? Puisque ces décisions sont confirmées après à la CCA. Pour le cas des Astres aujourd’hui, la Ligue avait donné raison à PWD mais la Commission de recours a donné raison à Astres, la CCA a donné raison à Astres. Et ce n’est pas la première fois. Il y a eu le cas Fovu et Fovu n’a pas été réintégré. Malheureusement, ça me fait de la peine de parler de cela comme ça. Mon père, le Général Semengue ne m’a pas écouté. On n’en serait pas là. J’ai été candidat à l’élection contre le président Seidou, je ne suis pas ami de la fédération, je le dis ici clairement sans ambages, je ne suis pas amis avec la fédération camerounaise de football. J’ai été candidat contre la liste du président SEIDOU dans laquelle il y avait Aboubakar Alim Konaté. Mais on est partenaires, on est obligés de collaborer. Maintenant qu’il est président, il n’est pas le président des gens qui l’ont élu, il est le président de la fédération et je fais partie de la fédération en tant qu’Union, je fais partie de la fédération avec mon mouvement des clubs. Mais malheureusement à la Ligue, je n’ai jamais été compris comme cela, les gens ont toujours voulu mettre de l’antagonisme, et ce n’est pas vrai, on n’en serait pas là. Il y avait des gens qui avaient intérêt à ce qu’on aille vers ce genre d’antagonisme là mais on allait droit vers le mur. Comment vous pouvez imaginer, parce qu’un des substrats de la décision de New Stars, c’est que le Conseil d’administration qui siège, siège avec des gens qui n’ont pas de mandats. On parle de quel football ? Pour dire la vérité, est-ce que vous savez que logiquement, si on va dans l’application strictus sensus du Droit, tous les championnats de la Ligue de football professionnel depuis 2017 doivent être annulés. Parce que c’est depuis 2017 qu’il y a des membres qui ont perdu leur qualité, qui siègent au sein du Conseil d’administration. L’intervention de la Fédération ne pouvait qu’arriver parce que là, on était sur un socle qui n’avait pas de base juridique légal, c’est ça qui est la vérité. Et la gabegie qui s’y est installée, n’en parlons pas.

Du côté du Général Semengue et ceux qui le soutiennent, on croit toujours que rien n’est fini pour la Ligue et on annonce pour bientôt, un championnat organisé par la LFPC…

Oui, vous ne pouvez pas empécher de crois ça à quelqu’un qui est en train d’aller en justice. Mais honnêtement, vous pensez qu’on va organiser un championnat ? Même pour le bon sens, vous pensez qu’on va recommencer le championnat ? Sauf si c’est un championnat qui va être organisé après le CHAN. Mais là, tel que c’est parti, je ne sais pas comment on va faire pour organiser un championnat. Vraiment, moi je pense qu’on n’a pas voulu faire les choses correctement. La Ligue  a été créée sur une bonne base, il y avait une progression à faire. Mais après quatre ans, il fallait changer de fusil d’épaule, il fallait regarder ailleurs. Vous ne pouvez pas être dans une Ligue de football professionnel, vous recherchez des sponsors et vous recrutez des gens qui à longueur de journée, insultent ceux qui ne sont pas d’accord avec la Ligue : les présidents de clubs, du matin au soir. Vous avez entendu où, dans quelle fédération ou dans quelle Ligue qu’il y a des consultants ? C’est-à-dire, les gens qui vont sur les plateaux pour insulter les acteurs. Et vous voulez que les sponsors viennent par comment ? On me dit qu’on m’a nommé à la Commission Marketing et je n’ai rien apporté. Je devais apporter quoi ? Et je vous rappelle que quand on me nomme à la Commission Marketing, c’est deux ans après les élections. C’est un aveu d’échec et c’est parce qu’entretemps, mon équipe continue d’avoir ses deux ou trois sponsors que mes collègues me disent de venir. Comme je le dis, j’ai été candidat contre le Président Semengue mais ce n’est pas mon ennemi. Je suis là pour servir le football. S’il y a des sponsors à la Ligue, ça veut dire qu’il y a de l’argent. S’il y a de l’argent à la Ligue, ça veut dire que mon club aura de l’argent, je vais mieux m’en sortir et je vais moins sortir de l’argent de ma poche ou alors mes membres vont moins dépenser et nous allons moins souffrir. C’est pour cela que je l’accepte et je mets d’ailleurs en place une commission avec des sommités. Si je cite les noms de deux ou trois personnes de cette commission, vous n’y reviendrez pas. Mais comment vous pouvez travailler quand en face, des gens vont dans des plateaux de télévision vous expliquer que les présidents de clubs sont des voleurs, les présidents de clubs dont des mendiants, le Général Semengue est omniscient, il est omnipotent. Ce n’est pas vrai, ce n’est pas ça. Ce n’est pas comme ça que ça se passe. Ailleurs, vous n’avez pas le droit de critiquer. Regardez dans les grands championnats, un entraineur qui critique la Ligue ou la Fédération est sanctionné. Vous avez les entraineurs à la fin des matches qui disent que l’arbitre a été acheté, vous n’avez pas la preuve de l’achat, ça décrédibilise. Rappelez-vous Chelsea-Barcelone où Chelsea a été volé, où Drogba parle de « Fucking Disgrace », il a pris six match de suspension parce qu’en le disant, vous êtes en train de tuer la compétition. Vous êtes à la Ligue de football professionnel et vous avez un rapport qui vous sort les noms des présidents de clubs qui achètent des matches, qui achètent des arbitres. Le rapport existe, dirigé par un Commissaire divisionnaire. On connait les noms des clubs mais on ne sanctionne pas et vous voulez que la Ligue continue ? Ça ne peut que plonger. Je vais vous raconter une anecdote. Après les élections à la fédération camerounaise de football, j’ai fait venir ici le président de Cristal Palace, dans une convention avec la Fédération camerounaise de football dans un échange, ce qu’on appelle des MOU Good practice. Je lui ai demadé : Crist, quel est le secret de la Premier League – parce que la Premier League n’existe que depuis 1992 – comment entre 1992 et 2017, vous êtes devenus le championnat le plus riche du monde, le plus médiatisé. Il m’a dit : Franck, c’est deux choses : l’intégrité de la compétition et la qualité de l’arbitrage. J’ai mis les mains sur la tête. Nous avons une Ligue où on peut décider de qui descend et de qui monte. A la fin de la saison, on dit que non, personne de descend parce qu’on est en train de préparer des élections et on se dit que ce sont des voix, il faut mieux qu’on augmente le nombre de clubs. On était passé aujourd’hui à 20 clubs en Ligue 1 ou à 18 en Ligue 2, de 14 en 2011. Le Cameroun n’a pas une structure viable pour faire jouer un championnat à 18 clubs, disons-nous la vérité et là-dessus, j’ai toujours été opposé. Nous n’avons pas une structure viable pour faire jouer un championnat à 18 clubs, maximum c’est 16 clubs en Ligue 1, sinon 14. Et maximum 12 en Ligue 2 parce que les clubs de Ligue 2, c’est la mort, en Ligue 1, quand il y avait des stades, il y avait au moins des recettes mais en Ligue 2, ils n’ont peut-être pas les mêmes charges en termes de salaire et de primes de matches mais en termes de charges de déplacements, c’est plus que la Ligue 1. Par exemple cette année, ils vont à Bamenda, ils vont à Bertoua et ils vont à Ngaoundéré. Là, ce sont des déplacements qui sont comme aller au Nord alors que nous en général aller au Nord est notre seul gros déplacement. Mais ils y vont trois fois pratiquement. Donc, vous comprenez qu’il y a un problème. Comment on peut jouer un championnat et on dit que personne ne descend et vous voulez que les sponsors viennent. Je pense qu’il faut remettre les choses à plat. Nous allons veiller que le CTT fasse le travail mais nous allons rester vigilants pour que cela soit fait dans l’intérêt des clubs et du football professionnel. Ne pensez pas nous sommes des affidés de la fédération mais nous devons reconnaitre que depuis le début du championnat, il y a plein de choses qui ne fonctionnent pas mais il y a également beaucoup de choses qui fonctionnent très bien : la programmation est effective, les plaintes sur l’arbitrage, de moins en moins visibles, nous demandons au Comité Technique Transitoire d’être encore plus rigoureux, d’être encore plus ferme mais surtout de nous accompagner. Les clubs camerounais jouent une compétition africaine, je prends le cas de l’UMS l’année dernière et l’équipe étrangère peut s’entrainer sur le stade avant UMS alors qu’UMS est supposée avoir le statut d’équipe nationale. C’est la bagarre pour pouvoir avoir les moyens de transport pour aller jouer la compétition africaine pour représenter le Cameroun. Ce que nos dirigeants ne comprennent pas c’est que si UMS entre en phase de poule, si Coton Sport entre en phase de poule, il ramène 400 millions et il va dépenser une partie de cet argent localement en recrutant des joueurs, de la Ligue régionale à la Ligue 1. Une partie de cet argent va entrer dans le football local. Nous avons intérêt à accompagner les clubs vers cette manne financière là. Dans un plan de développement du football professionnel, nous avons besoin de cela. Ne pensez pas que c’est le problème du club. Non ! Les anciens ministres des sports, Félix Tonye Mock, Mbombo Njoya n’étaient pas fous pour demander que les clubs engagés en compétitions africaines aient le statut de l’équipe nationale. Les succès du Cameroun de 82 jusqu’en 90 sont nés des succès des clubs, des années 70 : Union, Canon, Tonnerre et Dynamo qui est arrivé en quart de finale.

On sait qu’au terme de sa mission, le CTT devra organiser des élections pour restaurer la Ligue et déjà des indiscrétions vous annoncent dans une liste conduite par Saint Fabien Mvogo…

Non, le CTT a un mandat de deux ans (jusqu’en 2021), comment on peut être en train de jouer le championnat et vous parlez de liste ? Chacun est occupé à gérer son club, ce n’est même pas à l’ordre du jour Là où nous devons être vigilants, où chacun ne veut pas descendre, veut jouer le titre et s’assurer que le Comité technique transitoire fait correctement son travail, que nous l’accompagnions parce que c’est pour nous. La réalité aujourd’hui, c’est que nous avons perdu un peu de notre pouvoir avec la mise sur pied d’un Comité technique Transitoire, puisque nous n’avons plus notre Ligue. Il faudrait que rapidement, nous revenions à notre Ligue parce que dans la norme des choses, c’est la Ligue qui finance la fédération. Dans tous les pays du monde, c’est la Ligue qui donne l’argent à la fédération et non le contraire parce que la Ligue est plus prospère que la fédération. La Ligue a une compétition qui a 38 matches en Ligue 1, 30 matches en Ligue 2 pour un total de 68 alors que la fédération n’a que les matches de l’équipe nationale et c’est une fois tous les deux-trois mois. Jusqu’aujourd’hui, on tend encore la main, ce n’est pas normal. Nous devons tout faire pour amener le CTT à finir rapidement sa mission pour remettre la Ligue aux clubs au travers d’une élection et que ceux qui seront élus, emmènent la Ligue là où elle doit aller.

C’est donc dire que vous n’avez aucune ambition, à court ou à long terme ?

Honnêtement, quelle ambition, je pourrais avoir aujourd’hui. Comment est-ce que je peux me projeter au-delà de la fin du championnat ? Mais, mon ambition, c’est de tout faire pour que ça marche et je peux vous dire que les membres du CTT, je ne les laisse pas faire, le président Konaté, il le sait. Je suis là pour défendre l’intérêt des clubs. Et puis, je pense avoir donné ma part de contribution, j’ai essayé, je n’ai pas été compris, ce n’est pas grave. Je n’ai pas demandé à être candidat président au SYCEC, mais c’est les clubs qui sont venus me chercher. J’étais dans mon coin, j’avais accepté le verdict et ça ne m’empêchait pas de collaborer avec la Ligue de football professionnel. Par contre quand c’était chaud pour négocier la sortie de MTN, là, la Ligue me sollicitait et je ne refusais pas, je viens, j’apporte ce que je peux apporter pour qu’on s’en sorte correctement, et puis après, il trouvait que Franck Happi dérange, simplement parce que vous avez dit ce que vous pensez. C’est la même chose, la fédération, je ne la supplie pas pour être sollicité. Si je suis sollicité, j’apporte mon point de vue. Si je ne suis pas sollicité, je reste dans mon coin et je m’occupe de mon équipe mais vraiment ne me prêtez aucune ambition pour le moment. J’avais une ambition, de porter un autre discours, le discours d’un acteur à la tête de la fédération camerounaise de football, mes ainés m’ont dit : donnes tes voix à Joseph Antoine Bell, j’ai laissé tomber, je l’ai fait. Ça, c’est passé. Aujourd’hui, il y a un président qui a été élu, on accompagne cette fédération dans sa mission en ce qui nous concerne, nous les clubs professionnels et on est vigilants par rapport à ce à quoi nous avons droit, on est vigilants par rapport à ce qu’ils préparent, on est vigilants par rapport à la qualité de nos compétitions. Lorsque ça ne va pas, nous le faisons savoir. A la différence que nous n’allons pas aller dans les médias pour exprimer nos désaccords. On rencontre le président, on lui parle et on règle les problèmes entre quatre murs. Et ça, c’est bien pour l’image, on n’a pas besoin de mettre des gens pour insulter la fédération parce que nous sommes en désaccord. Et pourtant, il y a des moments où on n’est pas d’accord mais qu’est-ce qu’on fait ? On se parle et on trouve un terrain d’entente.

Pour terminer, est-ce qu’on peut savoir la position des clubs du championnat professionnel par rapport à l’affaire New Stars et Astres ? Parfois, on remarque que beaucoup assimilent la position du SYCEC à votre position personnelle. Qu’est-ce que les autres clubs pensent effectivement ?

On n’a rien à penser. Je vous ai donné la démarche qu’on a eue en tant que syndicat. C’est une démarche de conciliation pour amener les parties à jouer d’abord, sans remettre en cause leurs droits, sans préjudice des actions que chacune des parties allait mener en justice. Notre objectif, c’est d’abord de préserver la compétition. Après, ce sont des actions en justice, je ne peux pas défendre New Stars, je ne peux pas défendre Astres. C’est Astres qui se défend, c’est New Stars qui se défend. Vous ne pouvez pas demander à une association comme la nôtre de prendre position pour un membre au détriment d’un autre membre. Parce que ce qu’il faut savoir c’est que chacune des décisions-là se fait au profit d’un membre, au détriment d’un autre membre. Ce n’est pas ça notre rôle. Notre rôle, c’est : si un membre est attaqué ou alors est victime d’une violation flagrante ou commune ou si nous sommes menacés par une situation globale, là, nous réagissons. Par exemple : si nous devons recevoir de l’argent que nous ne l’avons pas reçu. Je vous donne un exemple : un club fait une demande pour obtenir quelque chose, une assistance financière par exemple à laquelle il a droit et il y a du retard, nous accompagnons cette demande… mais nous ne pouvons pas aller prendre des positions par rapport aux décisions de justice. Par rapport à l’affaire Astres, quand Astres n’est pas relégué, c’est PWD qui est relégué ou vice-versa. Vous prenez position comment là-dedans ? Vous n’avez pas à prendre position mais vous faites tout pour préserver d’abord la compétition et je peux vous dire, chacun de ces présidents, je peux les regarder dans les yeux en disant : j’ai fait ce que j’avais à faire. Maintenant, chacun décide en son âme et conscience, nous encourageons chacun de nos membres à aller défendre ses droits. Je vous donne un autre exemple, lorsque nous avons eu les problèmes que nous avons eus avant les play-down, il n’y avait pas un problème du SYCEC là-dedans. C’était l’                Union de Douala, je me suis défendu. Quand j’ai perdu à la Commission des Recours, qu’est-ce que j’ai fait ? Ce que j’ai conseillé à mes collègue : je suis reparti jouer parce qu’à un moment, il faut laisser. Quand vous êtes un acteur, vous comprenez que le tribunal, ce n’est pas la compétition et je peux vous dire que tout était fait pour qu’Union ne reste pas en première division. Mais Dieu merci, il y a un Dieu qui est vivant et qui est fidèle. Union est restée en première division parce que Dieu est fidèle. Il n’y avait pas de raison, on a voulu nous pousser avec des pieds et des mains mais ça n’est pas passé parce que Dieu ne l’a pas permis. Et ça, c’est la beauté du foot. Regardez le président Batamack, je ne dis pas qu’il est pauvre mais il est seul, il se bat avec son équipe, il est deuxième ou troisième du championnat, c’est extraordinaire. Regardez YAFOOT en Ligue 2, le maire Assamba, mon premier Vice-Président est décédé et aujourd’hui, l’équipe est entre les mains de sa famille dont Madame Manguele mais Yafoot est dans la première moitié du classement. Regardez Tonnerre, regardez Canon même. C’est ça la beauté du foot. Je vous dis que si le championnat continue ainsi, il sera de très bonne qualité. Toutes les équipes se valent, tout le monde peut battre tout le monde, les matches sont engagés. Vivement que ça continue. Si on a les moyens pour que les joueurs soient davantage mieux entretenus, je peux vous dire que le champion qui va sortir de cette compétition va titiller la phase de poule de la Champions League, ça c’est sûr parce que c’est un champion qui sera aguerri, qui sera prêt parce qu’il aura mérité, il aura été le plus fort, il aura dominé ses adversaires. Ce ne sera pas un champion sur le papier et ceux qui vont descendre, ce seront les plus faibles, ce ne sera pas une décision arbitraire dans les bureaux, ce sera le terrain et ça, c’est très important.

Merci président de nous avoir accordé cet entretien !

C’est moi qui vous remercie. Ça faisait longtemps que je n’avais pas pris la parole, je sais que je ne vais pas me faire que des amis mais j’ai choisi ce moment parce qu’il était important avec cette mini-trêve de mettre un peu les points sur les i et l’actualité a également permis de parler de tout ça. Je suis content et j’espère avoir répondu à l’attente de vos nombreux lecteurs et téléspectateurs pour ceux qui sont à la télévision, vivement qu’on ait un bon championnat. Si on a un bon championnat, même vous qui faites les métiers connexes, vous allez être mieux traités, même par vos médias respectifs. C’est ce que nous devons comprendre et ne pensez pas qu’en tirant sur la fédération, en tirant sur la Ligue, vous êtes en train de bien faire. Ce n’est pas ça la solution, nous devons vendre notre spectacle, nous avons un spectacle que nous sommes en train de vendre qu’est le football professionnel. C’est extraordinaire, excusez-moi, il y a quatre ans, Canal 2 payait 24 millions pour les droits du championnat et c’est moi qui avais négocié cela, ça avait commencé par la fin de la phase aller, ils avaient payé 12 millions. J’avais pratiquement dû serrer Eric Fotso à la gorge. Au dernier championnat, c’est la Ligue qui payait la Crtv et Canal 2 pour diffuser les matches du championnat, il y a un  problème ! Excusez-moi mais ça me fait beaucoup de peine.  Mais on avance parce qu’on ne doit pas revenir en arrière. C’est dommage, on a perdu beaucoup de temps, aujourd’hui, on ne devait plus être là où nous sommes. Nous sommes en train de devoir accueillir le CHAN et la CAN, on signe une superbe convention avec la Liga, c’est un peu ce que je voulais faire avec Cristal Palace, ils ne vous donnent pas de l’argent. La Liga cherche de nouvelles niches de téléspectateurs pour leurs droits étrangers. Quand ils viennent en Afrique, ils ne viennent pas pour donner de l’argent. Les droits du championnat espagnol sont déjà saturés comme en Premier League, ils cherchent de nouveaux marchés. Ils viennent donc en Afrique pour créer une adhésion autour du produit de la Liga  pour que les droits à l’étranger de leur championnat augmentent de cagnotte. Quand ils viennent, ils ont besoin de voir un championnat de qualité, ils ont besoin de voir une compétition qui se déroule correctement, ils ont besoin de savoir que quand ça commence en janvier, ça se termine à une période donnée. Mais on ne perd pas espoir.

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