Elu président de  la Fédération camerounaise de football le 12 décembre 2018, Seidou Mbombo Njoya a déjà bouclé ses 12 premiers mois à la tête de l’instance faitière du football national. Durant ces 365 premiers jours, l’ex Directeur de cabinet d’Issa Hayatou, président de la CAF aura eu l’occasion de gérer d’importants dossiers, dans un contexte pas toujours favorable. L’heure est donc au bilan de cette première année déterminante. Et le Président de la Fédération camerounaise de football a bien voulu revenir sur les principaux faits marquants de cette première étape de son mandat à travers une interview exclusive qu’il a bien voulu accorder à notre rédaction.

Lion Indomptable : Quel bilan faites-vous de votre première année à la tête de la Fédération camerounaise de football (FECAFOOT) ?

Seidou Mbombo Njoya : Je suis très à l’aise avec cet exercice au regard des multiples actions que nous avons accomplies au sein du Comité Exécutif. Il n’est en effet pas inutile de rappeler que le bilan dressé n’est pas celui du Président de la FECAFOOT tout seul, mais d’une équipe élue par l’Assemblée Générale et accompagnée par l’Administration.

Grosso modo, La restructuration de notre Administration est en bonne voie avec l’application effective des procédures administratives et financières au respect desquelles tout le personnel est astreint.  Cette règle s’avère efficace dans notre combat contre la corruption et les pratiques peu orthodoxes et amplifie la restauration de l’éthique dans le milieu du football dont j’ai fait mon cheval de bataille.

Nous avons pris en main les sélections nationales en injectant de nouveaux membres de l’encadrement et en adoptant une charte d’éthique des Sélections Nationales du Cameroun. La gestion de la si sensible question des primes des joueurs est aujourd’hui mieux maîtrisée grâce au précieux appui du gouvernement. Nous avons tenu le pari de l’organisation de toutes les compétitions nationales de la FECAFOOT, des championnats amateurs à la coupe du Cameroun, dames et messieurs. Nous avons même créé et organisé la super coupe dénommée « Trophée des champions ».

Nous avons dû reprendre la gestion du championnat professionnel à la suite d’une dégradation des conditions d’organisation, la perte de confiance des clubs, pourtant acteurs centraux, des annonceurs et de la compétitivité de nos représentants sur l’échiquier continental. Par ailleurs, nous avons créé les Ligues spécialisées de football féminin et des jeunes.

Nous avons renouvelé en les bonifiant les contrats de sponsoring avec Orange et le Groupe SABC. Et nous avons signé un mémorandum d’entente avec le Coq sportif en tant qu’équipementier des Lions Indomptables.

Je pourrai être intarissable sur notre bilan, mais je souhaite ajouter la participation de nos équipes à cinq compétitions majeures : trois CAN et deux Coupes du Monde. Il n’y a pas eu mieux en Afrique en 2019.

Avez-vous le sentiment du devoir accompli ?

Nous sommes sur le bon chemin, nous n’en sommes pas encore au stade de nous jeter des lauriers. Nous avons, à peine, entamé le cœur du sujet qui est la Direction Technique Nationale. Il y a déjà un DTN dynamique et plein d’idées, mais il faut un cadre de travail. La FIFA a accepté de réhabiliter le Centre Technique d’Odza. Nous avons besoin d’un cadre de travail à la dimension de la réputation de notre pays, nous avons lancé le processus pour l’achèvement des travaux du siège.

Si ce que nous avons accompli est important, nos chantiers nous invitent à l’humilité.

Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous avez été confronté ?

Nous avons hérité d’une FECAFOOT dont l’image publique traîne les scories des années d’instabilité et de querelles. Malgré les efforts d’assainissement que nous avons déjà effectués, une partie de l’opinion publique et même de prospects considère toujours la FECAFOOT un lieu de compromissions. C’est une image fausse, qui n’a rien à voir avec la gouvernance actuelle de la ‘’maison’’. Nous sommes conscients qu’une communication plus accrue doit être menée.

Nous espérons par ailleurs que la nouvelle dynamique qui remet le football au cœur de notre activité va amener les va-t’en guerre à ranger les armes pour qu’enfin nous soyons tous tournés vers le même objectif : redorer le blason du football camerounais.

D’aucuns estiment que vous avez passé une trop grande partie de la première année de votre mandat entre deux avions. Avez-vous la même impression ?

C’est le type de distraction qui éloigne des problèmes importants. Quand vous êtes président de la FECAFOOT, les voyages à l’étranger deviennent partie intégrante de votre travail. En effet, entre les compétitions internationales auxquelles vos sélections participent et les conclaves des instances internationales, si vous avez le mal de l’air, vous n’avez pas de chance. J’ai rappelé que nous avons pris part à trois CAN et deux coupes du monde, il y a des événements CAF, FIFA et même UNIFFAC.

Ce qui doit être souligné, c’est que ces voyages ne sont pas, pour la plupart, pris en charge par la FECAFOOT. Il n’y a donc pas de raisons de polémiquer car je suis transparent sur mes déplacements, notamment sur mon compte Twitter.

Sur quel signe placez-vous la suite de votre mandat ?

Je le place sous le signe de la consolidation des actions engagées en 2019. Nous avons pris le pouls de la FECAFOOT. Le fonctionnement de l’Administration, le rôle des acteurs, les relations avec les pouvoirs publics, les spécificités des ligues décentralisées… J’ai une meilleure connaissance des hommes, de l’environnement et des interactions. Je vais poursuivre la mise en œuvre de mon plan stratégique.

6- Quels sont les dossiers urgents à traiter conformément à la vision que vous souhaitez implémenter à la tête de la FECAFOOT ?

Les dossiers urgents sont la finalisation du siège de la Fédération Camerounaise de Football et la réhabilitation du Centre Technique d’Odza.

7- Quelle est l’actualité de l’affaire qui vous oppose à l’ACFAC au niveau du Tribunal arbitral du Sport (TAS) ?

Une affaire au TAS avec l’ACFAC !!!, il est vrai que la FECAFOOT a des affaires au TAS. Par respect pour l’Institution juridictionnelle sportive et compte tenu de la nature pendante de ces affaires, je n’ai aucun commentaire à faire.

8- Quelle est votre réflexion sur le contentieux à la CCA et au TAS avec New Stars et Les Astres de Douala ?

Par élégance administrative et étant entendu que la FECAFOOT est membre imminent du Conseil d’Administration du Comité National Olympique et Sportif du Cameroun dont la Chambre de Conciliation et D’arbitrage est l’émanation, je n’ai aucune réflexion à apporter dans les médias sur les affaires conduites par la CCA.

Par contre, la FECAFOOT confirme avoir fait appel de la décision rendue par la CCA dans l’affaire New Stars de Douala conte la LFPC. Ce dans l’intérêt du respect de l’éthique sportive, du respect de la loi et du respect de ses propres statuts.

Si on veut reconstruire le football camerounais, le respect de l’éthique sportive commande que seul le résultat sportif acquis sur le terrain et non des artifices juridiques, assure le maintien ou la rétrogradation des clubs.

9- Lors de votre élection à la FECAFOOT, vous aviez promis la transparence dans les activités de l’instance que vous dirigez. Mais il n’y a toujours pas de nouvelles par rapport au contrat avec l’équipementier Le Coq Sportif. Est-ce qu’on peut en savoir davantage ?

Il y a toujours eu de la transparence dans le dossier du Coq sportif. J’ai communiqué toutes les informations relatives à ce partenariat aux membres du Comité Exécutif de la FECAFOOT, y compris les détails financiers. Aussi, j’ai à plusieurs reprises, répondu aux questions des journalistes au sujet de ce partenariat.

Nous avons en avril 2019 signé un mémorandum d’entente qui sera consolidé par un contrat dont les termes sont arrêtés. Le Coq sportif habille les sélections nationales depuis juin 2019, soit deux mois après être entré en accord avec la FECAFOOT. C’est un record. Nous avons connu une période de transition d’avec l’ancien équipementier due à une longue collaboration et à des habitudes installées. Tout cela est désormais derrière nous : la FECAFOOT a reçu début décembre 2019 un stock important d’équipements Coq sportif qui sont progressivement mis à la disposition des équipes nationales

Les championnats professionnels se jouent sous l’organisation du Comité Technique Transitoire (CTT) désormais. A la mi-saison, quel bilan faites-vous de la compétition et de l’organisation ?

A la vérité, vous, qui suivez ce championnat professionnel journée après journée et en informez vos lecteurs, auditeurs et téléspectateurs, êtes bien placés pour dresser un bilan. Quant à nous, nous sommes satisfaits de l’organisation et nous ne sommes pas les seuls, même les clubs ne manquent pas d’exprimer leur appréciation positive du déroulement de la compétition.

Toutes les rencontres programmées dans le calendrier se sont disputées. Le CTT a apporté l’appui de la FECAFOOT aux clubs pour le démarrage de la saison et pour l’achat des équipements. Nous attendons la subvention de l’Etat qui va intervenir avec l’exécution du budget 2020. Les spectateurs reviennent progressivement dans les stades et le public s’intéresse de nouveau à notre championnat.

Les sponsors regardent à nouveau du côté des stades. Et nous sommes confiants que le redressement amorcé va se poursuivre et se consolider avec la mise à disposition par l’Etat des nombreux stades construits pour la CAN.

11- Pourquoi n’avez-vous pas laissé le Général Semengue terminer son mandat à la tête de la Ligue de Football Professionnel du Cameroun (LFPC) avant de déployer votre vision du football professionnel ?

Il faut éviter de personnaliser cette question. D’ailleurs, le temps du débat et de la polémique est derrière nous. Tous les acteurs travaillent à reconstruire notre football professionnel afin qu’il retrouve sa compétitivité d’antan sur le plan africain. 

La création de la Ligue de football jeunes et la Ligue de football féminin faisait partie de vos chevaux de bataille. Où en est-on concrètement ?

La Ligue de football féminin du Cameroun (LFFC) a démarré ses activités en septembre 2019, c’est la première en Afrique. C’est sous sa houlette qu’est organisé le championnat de football féminin de la saison 2019/2020. Elle a un siège, une Administration qui se met progressivement en place. En mars prochain, elle va organiser le Tournoi de la Jeune fille. Tout ceci est conforme la vision que nous avons du football féminin, qui sera l’un des événements-phares de ce siècle.

La Ligue de football des jeunes du Cameroun a également démarré ses activités et abat actuellement un travail de fourmis. Son secrétaire général parcourt le pays pour sensibiliser, expliquer, repérer et implémenter la LFJC. Partout où le Secrétaire Général de la LFJC passe, il entend la satisfaction des promoteurs du football jeunes qui sentent que la FECAFOOT sera désormais à leurs côtés pour promouvoir le football à la base.

Je reste persuadé que ces choix stratégiques vont se révéler payants pour notre pays.

De la LFPC à la Ligue de football féminin en passant par la Ligue de football des jeunes, les problèmes d’ego et d’hommes prennent toujours le pas sur la vision collective pour un football meilleur. Qu’est-ce qui explique cette réalité ?

C’est propre aux organisations humaines, il y a autant de différences qu’il y a d’acteurs. Le sport est un lieu de passions, d’ailleurs rien de grand ne s’accomplit dans le sport sans passion, pour paraphraser le philosophe Hegel. Le football en particulier est quasiment une religion chez nous. Beaucoup d’externalités passionnelles s’expliquent et se justifient. Mais il y a aussi une nécessité de calme, de sérénité pour bâtir. C’est ce message que je porte depuis un an. Il y a beaucoup d’acteurs qui viennent à moi et je les associe à l’œuvre de reconstruction. Nous allons y arriver.

Le football amateur connait des problèmes d’organisation. Et de financement. Quelles sont les mesures prises pour harmoniser les calendriers au niveau des régions, trouver des ressources et des sponsors pour le développement du football amateur afin de mettre fin aux crises chroniques ?

Votre question résume notre mission. La décliner n’est pas le plus difficile. Financer le football, c’est comme financer la presse. Il faut un produit attractif, de bonne qualité, le faire connaître et convaincre les sponsors de suivre. Si nous avions déjà toutes les réponses, notre mission serait terminée avant d’avoir commencé.

Je peux vous assurer que les bases posées en un an vont ramener le sponsoring dans le football. Il y a un travail d’organisation des compétitions qui est mené, puis il y a le marketing et la communication qui suivent. J’ai déjà fait observer que nous avons amélioré les contrats avec le Groupe SABC et avec Orange Cameroun. Cette confiance renouvelée est un message envoyé aux autres sponsors qui hésitent encore.

Un an après votre élection, la famille du football camerounais semble toujours divisée. Comment feriez-vous pour pousser cette famille du football à regarder dans la même direction, faire la paix dans l’union sacrée ?

A l’entame de notre mandat, j’ai annoncé que nos portes sont ouvertes. Nous avons un temps pour les élections et un autre pour le travail. Tout comme il y a un temps pour les procédures judiciaires et un autre pour s’occuper des compétitions. Ma main reste tendue. Nous pouvons trouver un terrain d’entente qui nous permettra de regarder tous dans la même direction.

Lors d’un entretien accordé à la presse récemment, Samuel Eto’o qui est un de vos soutiens a regretté son combat contre l’ancien président de la FECAFOOT Iya Mohamed. Quels sont vos rapports avec lui en ce moment ?

Mes rapports avec Samuel Eto’o Fils sont bons. Il a lui-même dit plusieurs fois qu’il m’a apporté son soutien pour l’élection à la tête de la FECAFOOT. Je vous confirme que j’ai requis son soutien et je m’en réjouis car c’est un acteur majeur du football camerounais qui a même des responsabilités au niveau de la CAF.

Pour ce qui est de ses regrets au sujet des combats avec l’ancien président de la FECAFOOT Iya Mohammed, je crois qu’il s’en est lui-même longuement expliqué.

L’une de vos premières décisions aura été de nommer Monsieur Noah à la tête de la DTN. Pensez-vous que sa nomination ait changé quelque chose ?

Bien entendu. Vous ne direz pas le contraire ! Je suis même surpris par votre question car c’est à travers vos articles que le public est informé qu’il y a de l’activité à la DTN et pas qu’à Yaoundé. A la fin de l’année 2019, la DTN a fait le tour du Cameroun, en offrant des formations et des certifications. Avant, des recyclages ont été organisés pour les entraineurs locaux et les anciens joueurs. Quand je suis arrivé, il n’y avait quasiment plus d’activité à la DTN. La suite va vous plaire, car elle prévoit de nombreuses autres actions. La DTN c’est le cœur de l’activité de développement des techniques du football dans une fédération. La réhabilitation du Centre technique d’Odza dont les travaux vont bientôt démarrer sera une étape supplémentaire vers une optimisation de notre DTN.

Lors du limogeage de Thomas Libih, l’argument de l’absence de résultats a été évoqué alors que depuis 2003, le Cameroun n’avait pas participé à une phase finale de la Coupe du Monde U17. Est-ce que c’est un problème de compétence, de résultats ou un problème de loyauté à l’institution ?

Les trois réunis. Vous savez que vous pouvez avoir la compétence sans les résultats, dans ce cas même si vous vous appelez Mourhino, vous perdez votre poste. Vous pouvez avoir les résultats sans loyauté vis-à-vis de la fédération, et perdre votre poste. Mais tout autant, vous pouvez être loyal mais sans compétence ou sans résultat, on ne vous garde pas. Un bon entraîneur doit combiner compétence, résultats et loyauté.

On sait généralement qu’il est difficile pour un président de la FECAFOOT d’avoir de bons rapports avec la tutelle le Ministère des Sports. Peut-on dire que vous avez réussi à assainir les rapports entre votre Institution et le MINSEP ?

Les rapports entre la FECAFOOT et le MINSEP sont au beau fixe. Ce sont deux institutions qui savent chacune quel est son rôle et ses missions. Personnellement, j’entretiens d’excellentes relations avec le ministre Pr. Narcisse Mouelle Kombi, avec lequel il peut m’arriver de m’entretenir plusieurs fois par jour, en présentiel ou au téléphone.

Quels sont vos rapports avec Antonio Conceiçao, le nouveau sélectionneur des Lions Indomptables du Cameroun ?

J’ai de bons rapports avec lui. Antonio Conceiçao est l’Entraineur-sélectionneur des Lions Indomptables fanion, l’équipe que nous chérissons tous. J’ai apposé ma signature sur son contrat et personne ne m’y a forcé. Lui-même est très respectueux du rôle de la FECAFOOT et de son importance dans l’accomplissement de sa mission. Il me rend compte du déroulement de chaque stage ou match, me fait part de ses difficultés et j’instruis que des réponses lui soit apportées quand c’est nécessaire. J’entretiens aussi de bons rapports avec les entraineurs des autres catégories des sélections nationales

Que pensez-vous de ses premiers pas à la tête de la sélection nationale fanion ?

Il prend progressivement conscience de ce que représentent les Lions Indomptables pour les Camerounais. Son bilan affiche trois matches : deux matches nuls et une victoire. Sa sélection n’a pas encore encaissé de but, c’est vrai elle n’en a marqué qu’un seul. Mais il y a une victoire à l’extérieur, ce qui ne nous était plus arrivé depuis un certain temps. Il a le temps de mettre en place une équipe conquérante pour la CAN 2021 et la qualification pour la Coupe du Monde 2022.

Comment préparez-vous le CHAN 2020 et la CAN 2021 au niveau de la FECAFOOT ?

Ces deux grands événements sont un privilège pour notre pays, mais aussi pour notre fédération. Nous sommes impliqués aux côtés du gouvernement pour la réussite organisationnelle de ces deux compétitions. Mais notre rôle est aussi de préparer nos sélections pour que ces CAN soient aussi une réussite sportive. Toutes nos équipes sont ainsi mobilisées

Quel est le principal héritage que vous avez l’ambition de laisser au football camerounais ?

Relisez ma vision : redorer le blason de la FECAFOOT et reconquérir le leadership du Cameroun sur le plan continental en matière de football. Si après mon passage à la FECAFOOT cette ambition devient une réalité, je dirai : Mission accomplie !

Votre mot de fin !

Bonne et heureuse année 2020 à vos lecteurs et à tous les acteurs du football camerounais.

CHAN 2020: La Tunisie renonce à la compétition

Rétro 2029- Le COQ Sportif: Un caillou dans la chaussure de Seidou Mbombo Njoya

Share This