Analyste Sportif et consultant à la Cameroon radio television (CRTV), il décrypte la sortie prématurée des Lions Indomptables U17 à la Coupe du Monde Brésil 2019.

Quelles leçons pourrait-on tirer de l’élimination précoce du Cameroun à la Coupe du Monde U17 ?

Après l’élimination du Cameroun, on peut tirer quelques leçons. Elles sont tellement énormes qu’on ne sait pas par quel bout commencer. Commençons par les leçons sportives. On va dire simplement qu’on aura vu une équipe du Cameroun qui aura eu des problèmes en termes de compétitivité et en termes de rythme. Une équipe du Cameroun qui, toutefois, aura semblé toujours maitriser son sujet tout au moins en première mi-temps, une équipe du Cameroun qui aura pratiquement encaissé les mêmes buts d’inattention, des fautes de maturité et des fautes s’expérience. Ça aussi, il faut dire que ça vient avec la compétition. Mais en termes de compétitivité, cela nous pousse justement à rentrer dans le côté un peu de ce qui pourrait s’apparenter comme étant des responsabilités.

Justement, quelles ont été les responsabilités de la FECAFOOT et du Ministère des Sports dans cet échec ?

Lorsqu’on parle de compétitivité, on va aller interroger l’administration : l’administration fédérale. Cela veut dire qu’au Cameroun, on a un déficit de compétition dans les catégories jeunes et même aussi, on a un déficit dans l’encadrement. La compétitivité et le rythme qu’on a évoqués un peu plus haut nous poussent simplement à aller interroger et la Fédération camerounaise de football et aussi les promoteurs et les présidents de clubs parce que quel que soit le cas, lorsque vous regardez les adversaires du Cameroun, ce sont des jeunes gens qui jouent en clubs, qui jouent en division d’élite dans leur pays ou tout au moins, qui jouent au niveau des réserves des clubs. Et au Cameroun, combien vous avez de nos jeunes joueurs à qui on fait confiance  et qui jouent même le quart d’heure en Elite One, en Elite Two ou encore en Ligue régionale. Très peu. Donc, ça veut dire que les présidents et les promoteurs de clubs aussi sont indexés dans cette affaire. Très peu font confiance aux jeunes, il reste à voir l’âge des joueurs qui signent en première ou en deuxième division  chez nous. Tout président de club est dans la gagne directe, personne n’a un plan sérieux qu’il peut simplement déposer sur quatre joueurs à qui il permet d’intégrer sa structure. Chacun veut pouvoir dès l’année évoquée, gagner le championnat et gagner la Coupe du Cameroun. Conséquence, vous retrouvez dans des clubs des joueurs qui ont 15, 16 ans de première division et c’est comme cela que chaque jour,  on perd des talents parce que des jeunes n’ont pas d’espace pour pouvoir s’exprimer, ils n’ont pas d’espace pour permettre au grand public de les découvrir. Côté fédération, comment on fait pour palier au problème de compétitivité ? C’est simplement organiser un championnat, c’est simplement d’imposer à tous les clubs d’avoir des sections réserves et des sections jeunes. Si un club ne les a pas, il faut simplement éviter qu’il participe au championnat. En ayant des sections réserves et des sections jeunes, ça va créer de la compétitivité. On aura alors des jeunes, en fin de saison qui pourraient compter entre 30 et 35 matches dans les jambes puisque championnat et Coupe du Cameroun réunis, ça fait énormément de matches. Mais seulement, est-ce qu’on pense à cela du côté de Tsinga ? Non, je pense qu’on pense seulement à insister à faire dire qu’on a des catégories jeunes pour percevoir la manne qui vient de la FIFA tous les ans et après, basta ! Ce qui est très dangereux pour notre football. Côté Ministère des sports, on va simplement aller interroger sa qualité de superviseur général. Est-ce que le Ministère des sports peut se dire qu’il est étranger au fonctionnement ou alors qu’il n’est pas au courant de ce qu’on n’a pas de championnat jeunes sur le plan local. Pourquoi penser toujours qu’on va brandir simplement le drapeau de l’ingérence, ce n’est pas possible. Ce Ministère des sports là aujourd’hui, il faut qu’il fasse attention, sinon, il s’érige en complice de la déchéance de notre football. Il s’érige en complice de tout ce qui arrive à notre football parce que les tares et les avatars qu’on connait au niveau des sélections A et espoirs sont ceux qu’on a commencé simplement à mettre en terre depuis les sélections U17. Donc, il est question aussi pour le Ministère des Sports, de se réveiller et de jouer véritablement son rôle de superviseur général. Il doit être le gendarme-là qui veille et qui peut interpeller de temps en temps sur le fait de l’existence ou pas d’un championnat jeunes sans que ce ne soit considéré comme une quelconque ingérence. Attention au Ministère des Sports qui jusqu’ici est complice.

En acceptant les joueurs de la diaspora, le Cameroun aurait-il fait mieux ?

Maintenant, on se rappelle un peu de cette épopée des joueurs de la diaspora. Première chose : les décrets sont faits pour être respectés… Deuxième aspect clair, allons interroger où jouent véritablement ceux de la diaspora dont on veut dire que s’ils étaient là, le sort aurait été différent. Non, faisons attention. Ceux de nos joueurs de la diaspora jouent en catégorie U17 de leurs clubs. Par conséquent, il est difficile d’affirmer qu’ils apporteraient quelque chose en plus, ou encore qu’ils auraient le rythme de la compétition parce que quel que soit le cas, quand on voit le niveau et les clubs de nos adversaires, on se rend bien compte que même ceux de la diaspora étaient pratiquement un cran en dessous. Donc, le problème, ce n’est pas d’incriminer qui que ce soit ou d’aller simplement dire qu’on aurait eu ces joueurs, le sort serait différent, le problème est d’aller interroger l’encadrement, d’aller interroger l’environnement. Qu’est-ce qu’on fait de ces jeunes ? Comment est-ce qu’on les encadre ? On est nuls pratiquement dans l’encadrement. Est-ce que les programmes des staffs sont respectés ? Non. Est-ce qu’après la CAN U17 gagnée en Tanzanie, on a réuni les jeunes, on les a gardés en cage ? Non. Est-ce qu’après le tournoi FIFA de la Turquie on en a tiré les leçons ? Non. Est-ce qu’on a pris des dispositions pour que les garçons se retrouvent dans un fonctionnement idoine avant cette Coupe du Monde du côté du Brésil ? Non. Lorsque vous avez une équipe qui a même des difficultés à se rendre à l’entrainement parce qu’on vous fait savoir que le terrain d’entrainement n’a pas été payé, conséquence, ils ne s’entrainent pas. Lorsque vous avez une équipe qui se retrouve avec des soucis par rapport aux ballons pourtant les ballons leur ont été gracieusement offerts par la FIFA et que les jeunes continuent de s’entrainer avec des ballons avec lesquels ils sont partis de Yaoundé, ça pose un problème. Lorsque vous avez des jeunes gens qui jouent des petites sélections des quartiers ou encore des randonneurs chinois qu’on a retrouvés du côté du Brésil, ça pose un véritable problème. Il est temps aujourd’hui que les uns et les autres se posent de bonnes questions. A ces questions-là, ils auront de bonnes réponses.

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