Face à la pandémie du Covid-19 qui frappe le monde, l’Afrique et le Cameroun, chaque Gouvernement, institution, personnalité essaie d’apporter sa contribution devant ce cataclysme. Ainsi, l’on a pu voir le geste de la Fédération camerounaise de football aux joueurs des championnats professionnels (Elite One, Elite Two, D1 féminine). Mais dans le fond, l’action de l’instance faitière du football camerounais suscite des interrogations. S’agit-il véritablement d’un geste humanitaire envers une partie de ses sociétaires ou alors celui-ci cacherait des calculs électoraux à venir ? Ne dit-on pas que c’est en période de paix qu’on prépare la guerre ?

Dans un communiqué signé du Secrétaire Général de la Fédération Camerounaise de football (FECAFOOT), Benjamin Didier Banlock, le vendredi 17 avril 2020, l’instance faitière du football camerounais annonce avoir décidé de venir en aide aux joueurs et encadreurs des championnats Elite One, Elite Two et aux joueuses du championnat féminin de première division, actuellement confinés à cause de la pandémie du Covid-19. La fédération, en concertation avec le Comité Technique Transitoire (CTT) et la Ligue de football féminin du Cameroun (LFFC), demande une liste de 25 joueurs pour chaque club d’Elite One et d’Elite Two et de 20 joueuses par équipe de première division de football féminin. Si les montants que la fédération souhaite envoyer directement dans les comptes Orange Money des joueurs n’ont pas été dévoilés dans le communiqué, des indiscrétions font savoir que la FECAFOOT a prévu 50 000 Francs CFA pour chaque joueur de l’Elite One, 30 000 pour les joueurs de l’Elite Two et 25 000 par  joueuse du championnat féminin. Calculette en main, l’opération devrait coûter une rondelette somme de 38 millions de Francs CFA à l’instance faitière du football camerounais (Elite One : 22 500 000, Elite Two : 10 500 000, Football féminin : 5000000).

Fragiliser le Synafoc

Le soutien de la FECAFOOT pose plusieurs interpellations. Fournir une liste de 25 joueurs sur 30, 35 ou 40 par club d’élite et 20 joueuses seulement par équipe féminine, revient pour les dirigeants de clubs à créer les conditions d’une tension ou un schisme au sein de leurs effectifs. C’est ce qui peut justifier la réaction des présidents de clubs qui s’opposent à la décision de payer directement les joueurs dans leurs comptes. De plus, ils y voient un indicible comportement irrévérencieux à leurs égards, dès lors que  la prise en charge quotidienne des effectifs leur incombe chaque saison. « J’ai trouvé cette démarche maladroite de mon point de vue parce que les encadreurs et les joueurs sont sous la responsabilité des présidents de clubs, entrepreneurs dans le cadre du football. C’est à eux que revient la charge de s’occuper sur le plan financier de ceux qui sont placés sous leur autorités. Si des subventions doivent leur être versées, elles ne doivent pas aller directement à ceux qui sont sous notre responsabilité. Ce sont des subventions qui doivent être versés aux entrepreneurs comme nous, à charge pour nous de les verser aux destinataires », a indiqué Prosper Nkou Mvondo, président de Ngaoundéré FC (Elite Two) ce mercredi 22 avril 2020 sur Sky One. C’est un peu comme si un bienfaiteur, voulant venir en aide à un père de famille exigeait d’aller directement vers ses enfants alors qu’il n’avait jamais cherché à connaître auparavant comment ce dernier subvenait quotidiennement à leur survie ou pitances… Suspect quand même !

Qu’est-ce qui pourrait bien justifier ce choix inhabituel de la FECAFOOT de contourner les présidents de clubs ? Selon plusieurs observateurs, il n’aurait rien de fortuit. La fédération chercherait à constituer une solide base de données des joueurs et joueuses locaux qu’elle voudrait contrôler directement pour éventuellement mettre sur pieds une organisation concurrente au Syndicat national des footballeurs du Cameroun (SYNAFOC), dirigé par un Gérémi Njitap, pas en odeur de sainteté avec le clan Eto’o-Seidou Mbombo Njoya qui contrôle actuellement la fédération. Un tel regroupement de joueurs, plus massif et donc plus légitime, apporterait un concours précieux au maintien du clan en place lors des prochaines échéances électorales à la FECAFOOT. « C’est une campagne bien huilée qui ne vise pas moins le SYNAFOC que la FECAFOOT veut fragiliser, en créant éventuellement une association parallèle avec une masse critique de joueurs syndiqués. Leur envoyer directement de l’argent c’est une façon de fragiliser l’autorité des dirigeants sur eux.  Or si la FECAFOOT voulait s’assurer de la gestion transparente de ce don, elle n’avait qu’à solliciter et impliquer véritablement le Synafoc qui représente les joueurs », suspecte un observateur sous anonymat.

Qui sont les véritables sponsors et financiers de cette campagne ?

Ainsi, le clan qui dirige la Fédération depuis 16 mois aurait trouvé en cette période difficile une occasion en or pour se positionner pour des échéances futures. L’origine de ces fonds que les dirigeants fédéraux voudraient mettre à la disposition des joueurs suscite également des interrogations. Lors d’un récent passage sur Equinoxe Télévision, John Balog, membre du Comité exécutif de la FECAFOOT laissait entendre que son institution faisait face à des difficultés de trésorerie. Comment a-t-elle donc pu dégager des fonds aussi facilement pour engager un tel acte de générosité ?

Plan d’aide de la FIFA

La première piste nous mène vers la FIFA. Le patron du football mondial Gianni Infantino, dans un communiqué rendu public vendredi, a décidé d’avancer certains versements aux fédérations pour faire face à la crise due au coronavirus. Ainsi, le versement de la seconde partie des coûts opérationnels des associations membres du programme Forward, prévu pour le deuxième semestre est avancé pour parer aux problèmes financiers les plus urgents. « Vous devez savoir que nous ne vous abandonnerons pas et que nous trouverons des solutions ensemble. Vous ne serez jamais seuls… Chacun saura où va l’argent. Et, surtout, vous saurez pourquoi ces sommes sont affectées ici ou là », a déclaré Gianni Infantino dans une vidéo transmise aux 211 associations membres de la Fifa. Ce fonds rentre dans le cadre du programme Forward, lancé en 2016 par M. Infantino et qui prévoit des aides à toutes les fédérations, à hauteur d’1,746 milliard de dollars (environ 1,6 milliard d’euros) au total réparti sur la période 2019-2022.

Opération séduction de Samuel Eto’o

Le financement pourrait aussi venir de Samuel Eto’o. Dans le cadre d’une opération séduction lancée par sa fondation pour venir en aide aux populations camerounaises, l’ancien capitaine des Lions qu’accompagnent quelques partenaires annonçait vouloir venir en aide à 1000 footballeurs évoluant au Cameroun. Un nombre qui coïncide exactement avec celui des footballeurs et footballeuses concernés par le geste de la FECAFOOT. Cette opération, annonçait la Fondation Samuel Eto’o, devrait se faire en partenariat avec la fédération. Sauf que dans le communiqué signé du SG Benjamin Banlock, il n’est nulle part mentionné le nom de la Fondation Eto’o comme le ou l’un des donateurs. A moins que du côté de Tsinga, on ait choisi de faire preuve de stratégie en omettant volontairement cette précision. Quoi qu’il en soit, l’on est sans ignorer que l’ancien golléador camerounais ne lésine jamais sur les moyens lorsqu’il s’agit de soigner son image à des fins de positionnement.

L’ombre du Général Semengue

Il s’agirait aussi de soigner l’image du CTT, organisation mise sur pied pour gérer le football professionnel après la suspension sans respect des textes organiques, de la Ligue de football professionnel du Cameroun (LFPC) du général Pierre Semengue. Alors que la procédure engagée par le haut gradé de l’armée camerounaise suit son cours au niveau du Tribunal arbitral du Sport (TAS), l’organe dirigé par Aboubakar Alim Konaté voudrait attirer la sympathie du public sportif et des acteurs directs du football local.

Appui aux joueurs: Prosper Nkou Mvondo contre la démarche de la FECAFOOT

Classement : L’Elite One du Cameroun, deuxième championnat le moins prolifique en buts en Afrique

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