André Kana Biyik faisait partie des cadres de la sélection camerounaise lors du Mondial Italie 90. Titulaire face à l’Argentine en match d’ouverture, son excès d’engagement lui avait valu une expulsion peu après l’heure de jeu (61e), soit six minutes avant le but fatal inscrit par son frère cadet, François Omam Biyik pour sceller le succès face à Diego Armando Maradona et ses coéquipiers. Réagissant ce lundi 8 juin 2020 au cours de l’émission « Mfandena » sur les antennes de la Radio Sky One basée à Yaoundé, il évoque ce souvenir avec une pincée de nostalgie, non sans livrer les secrets de ce succès historique.

Bonjour André

Bonjour Thierry !

30 ans après l’exploit en Italie, quels souvenirs gardez-vous de cette compétition ?

Cette compétition, il faut la vivre pour la raconter. Je ne sais pas qui d’entre nous qui étions là peut garder un mauvais souvenir de cet événement. Je crois que c’est le plus grand souvenir sportif que j’ai de toute ma carrière. C’est quelque chose qui a été extraordinaire.

Cinq minutes après votre sortie sur un carton rouge, votre frère Omam Biyik marque l’unique but de la partie de la tête. Comment avez-vous vécu cette scène ?

Je n’ai pas vécu la scène, j’étais dans les vestiaires, j’étais en train de prendre ma douche et c’est là on entend les bruits de joie. Je sors des vestiaires, je longe le couloir et j’arrive au niveau du poste de sécurité qui était au sous-sol et c’est là où je vois les policiers italiens jubiler, je regarde sur l’écran et je vois que c’est François qui a marqué. Je n’en revenais pas vraiment parce qu’à ma sortie, j’étais très triste parce que, déjà jouer à 11 contre les argentins, ce n’était déjà pas du tout facile, les laisser à dix, je crois que c’est un travail qui allait être dur pour eux.

Est-ce qu’il y a d’autres regrets ? On sait que vous avez toujours regretté de n’avoir pas joué le quart de finale contre l’Angleterre. Est-ce que si vous aviez été là, les choses auraient été différentes ?

… Je crois qu’au jour d’aujourd’hui, je ne peux pas dire que si j’avais été là, les choses auraient été différentes mais je crois quand même que si j’avais été là, si Mbouh avait été là, Ndip et Onana, peut-être ça aurait  pu changer le cours du jeu. Ce ne sont que des suppositions, ce n’est pas tout à fait exact. Je ne crois même pas que notre absence ait influencé le cours du jeu dans le sens où c’était l’un des meilleurs matches de cette Coupe du Monde. Je pense qu’il nous a seulement manqué d’un peu plus d’expérience pour savoir qu’à 2-1, à dix minutes de la fin, il fallait qu’on ferme le jeu. Je crois que l’euphorie a gagné tout le monde et personne n’a eu l’intelligence ou la sagesse de dire aux gars  ou ceux qui étaient sur le terrain de dire : maintenant, on ferme parce que le Cameroun  de cette époque, quand il te menait 1-0, de la première à la dernière minute, pour égaliser, ce n’était pas évident… Il y a la fatigue aussi, parce que beaucoup de gens disaient, quand on avait gagné le premier match contre l’Argentine que la Coupe du Monde était déjà gagnée. C’était comme un match bonus pour nous. C’est à la fin quand on était éliminés qu’on s’est rendu compte qu’on a laissé passer une chance extraordinaire de faire encore quelque chose de plus grand.

Parlez-nous de ce stage en Yougoslavie. Beaucoup de joueurs avec qui on a eu à discuter disent que vous étiez comme dans un camp de concentration…

On n’était pas en stage, on était chez les commandos, un peu comme le BIR d’aujourd’hui. Vraiment, comme je le disais, il faut le vivre pour le comprendre parce que quand je vais te dire qu’exactement, c’était dur, tu vas le concevoir comme ça, dans l’imaginaire… Mais il faut le dire : c’était très très dur. C’est ça qui nous a sauvés parce que dans ce Mondial, nous étions l’équipe la mieux préparée physiquement et c’est ça qui nous a sauvés.

Que devient André Kana-Biyik ? Par rapport à certains anciens footballeurs camerounais, vous êtes très discrets.

Thierry, je suis toujours en France, en Région parisienne, je suis là avec ma famille, je vis tranquillement. Je suis le foot comme tout un chacun mais je ne m’y mêle pas parce qu’il y a trop d’interférences dans ce football et surtout celui de chez nous là-bas. Comme je le dis souvent, quand je jouais, je n’avais pas assez de force pour terminer mes matches. Là maintenant, si on ne me pose pas de question, je n’ai pas envie de me mêler des choses… Je trouve déjà que je suis loin et que même si je dis quelque chose, ça n’aura pas d’effet. Je préfère être au Cameroun et que tu me passes une interview pour que je dise les choses telles qu’elles sont. Je suis tellement loin, je regarde les choses, ça m’amuse, il y a des moments où je suis désemparé. Vous avez parlé, mes coéquipiers tels que Bell et Milla ont parlé et ça n’a pas changé, ça n’a rien donné. Pour l’instant, je suis mis à l’écart, le jour où j’aurai quelque chose à dire, je t’appellerai, je te le dirai.

Interview réalisée par Sky One Radio

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