Au cours de la session extraordinaire de l’assemblée générale de l’instance faitière du football camerounais tenue le vendredi 26 juillet 2019, le patron du football camerounais a réussi à obtenir l’approbation de toutes modifications proposées dans les textes de la FECAFOOT et ses organes décentralisés, grâce à une méthode qu’on ne lui connaissait pas jusque-là.

La session extraordinaire de l’assemblée générale de la Fédération camerounaise de football tenue le vendredi 26 juillet 2019 à l’Hôtel Mont Febe de Yaoundé, s’annonçait plus que houleuse.  Mais à la surprise générale, les délégués ont évacué en un peu moins de quatre heures de temps tous les 18 points inscrits à l’ordre du jour.  Même le point 10 portant sur l’examen et l’adoption de certains projets de modification des textes et statuts de la FECAFOOT et des ligues décentralisées qui contenait des germes de tensions, est finalement passé comme une lettre à la poste. Pas nécessairement parce que les délégués étaient en phase avec les modifications suggérées mais surtout parce que Seidou Mbombo Njoya et son comité exécutif avaient d’ores et déjà prévue une stratégie vicieuse pour tuer toute éventuelle contestation.

En effet, le patron de la FECAFOOT et ses pairs se sont farouchement opposés aux adoptions par vote. « Il suffisait qu’un ou deux des 69  délégués présents déclarent « adopted » dans la salle pour qu’ils considèrent le point comme adopté », s’est  insurgé un délégué. « Finalement, ajoute notre interlocuteur, nous avons pris la résolution de répéter ce refrain par raillerie, après avoir constaté la roublardise du patron de la FECAFOOT ». Autre curiosité, alors que les délégués s’attendaient à ce que les 15 textes  soumis à leur approbation  soient adoptés les uns après les autres, le Comité exécutif de la FECAFOOT a choisi de les faire approuver en bloc, ce qui a suscité le courroux de plusieurs délégués qui auraient souhaité parcourir document par document. « Ils viennent d’adopter quelque chose dans le code éthique… Vous parlez juste durement, on vous donne dix ans d’exclusion de toutes activités liées au football. En plus, les gens ne mesurent pas la portée de ce qu’ils ont modifié aujourd’hui,  avec l’article 40 alinéa 9 des statuts de la FECAFOOT. Où est l’autonomie des Ligues ? » S’interroge Emmanuel Loga, président la Ligue régionale de football du Littoral.

Scandale financier

En effet, les nouveaux statuts adoptés réattribuent au Comité exécutif de la FECAFOOT la responsabilité de nommer les secrétaires généraux dans les Ligues décentralisées et les Ligues spécialisées sur proposition de leurs conseils. « C’est une grosse incongruité. Les fédérations vivent essentiellement des subventions de la FIFA mais pourquoi la FIFA ne demande pas à nommer les secrétaires généraux sur proposition des comités exécutifs de ces fédérations ? », S’interroge un autre délégué. « Les textes ont été élaborés par des juristes qui ne sont pas du monde du football. Nous, nous sommes du monde du football. Nous n’avons pas remis en cause l’esprit, on a simplement apporté quelques correctifs qui permettent d’arrimer nos textes à l’environnement. Nos prédécesseurs n’avaient peut-être pas cette dimension ou cette expérience pour pouvoir apporter quelques petites différences dans la partie sportive ou la culture sportive, ils ne l’avaient pas. Nous avons cette sensibilité qui nous permet de le faire, encore que nous avons fait travailler des experts pour ça. Et il y a une chose qu’il faut rappeler, c’est que nous avons travaillé en étroite collaboration avec la FIFA sur ces textes et aujourd’hui, nous estimons que nous avons les textes qui sont vraiment en rapport avec l’environnement », a fait savoir le Président de la FECAFOOT lors du point de presse qui a suivi les travaux. Mais des observateurs se demandent comment la FIFA qui a validé les textes proposés par le Comité de Normalisation peut subitement trouver moins de six mois après, la nécessité de les modifier.

Le rapport financier présenté par Seidou Mbombo Njoya contenait pareillement des curiosités sur lesquelles certains ont souhaité attirer l’attention, avant d’être sevré de parole par le Président de la FECAFOOT. « Quand tu prends les chiffres, on te dit que le compte FECAFOOT-FIFA est débiteur d’au moins deux milliards quatre cent ou sept cent millions. Quand on était de l’autre côté récemment avec la représentante de la FIFA qui était là avec un autre monsieur, ils avaient donné un relevé de compte où il y avait encore de l’argent. Comment subitement, il devient débiteur de plus de deux milliards ? Et avec la CAF, il est créditeur de 538 millions alors qu’il a perçu les deux milliards et poussière représentant la prime de vainqueur de la CAN de 2017 », révèle un autre membre de l’assemblée générale. Il en est de même pour le  projet de poursuite des travaux de construction du nouvel immeuble siège de la FECAFOOT à Warda qui révèle un autre scandale que l’assemblée générale a également passé sous silence. « Pour le siège de la Fédération, ils avaient un financement d’un milliard et quatre cent millions. L’entrepreneur qui a commencé les travaux a utilisé 967 millions sans terminer les travaux qui avaient avancé qu’à 60%. Aujourd’hui, ils veulent repartir avec ce monsieur, lui rajouter près de deux milliards quatre cent millions… Je me suis demandé si les gens qui étaient là y comprenaient même quelque chose », s’offusque un délégué. L’on apprend par ailleurs que dans le rapport du commissaire aux comptes pour l’exercice 2018, «  l’auditeur a émis les réserves partout. Donc, il ne peut pas donner quitus ».

P. Lumumba

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